le droit international.
Le 3 janvier 1990, Manuel Noriega, réfugié dans la nonciature apostolique de Panama, se rendait aux forces américaines après l’opération « Just Cause » lancée par George H. W. Bush. Trente-six ans plus tard, l’arrestation de Nicolás Maduro par une opération américaine ordonnée par Donald Trump réveille un vieux débat : le droit international est-il encore une règle ou seulement un langage que les puissances utilisent lorsqu’il leur est utile ?
À l’époque déjà, l’invasion du Panama avait profondément divisé juristes et diplomates. Washington invoquait la protection de ses ressortissants, la défense de la démocratie et la lutte contre le narcotrafic. Mais l’Assemblée générale des Nations unies qualifia l’opération de « violation flagrante du droit international » et de l’intégrité territoriale du Panama.
La question revient aujourd’hui avec une acuité nouvelle. Si la capture d’un chef d’État étranger par une puissance extérieure peut être justifiée au nom de la lutte contre le crime ou de la sécurité nationale, qu’est-ce qui empêche demain Pékin d’invoquer sa propre sécurité pour reprendre Taïwan par la force ? Qu’est-ce qui empêche Moscou de revendiquer le même raisonnement pour l’Ukraine ?
C’est là toute la fragilité du système international. Le droit n’existe que s’il est universel. Dès lors qu’il devient variable selon la puissance de celui qui l’applique, il cesse d’être du droit pour devenir un rapport de force habillé de principes.
Les défenseurs de l’ordre occidental rétorquent que toutes les situations ne se valent pas. Taïwan est une démocratie autonome menacée par une annexion. L’Ukraine est un État souverain reconnu internationalement. Maduro, comme Noriega avant lui, était accusé de narcotrafic et de violations massives des droits humains. Les contextes diffèrent, certes. Mais le problème n’est pas tant la nature des régimes visés que la méthode employée.
Depuis la fin de la guerre froide, l’Occident a souvent voulu concilier puissance et légalité. Kosovo, Irak, Libye, Syrie : chaque crise a laissé un peu plus l’impression que les règles s’appliquaient différemment selon les acteurs. La Russie et la Chine n’ont cessé d’exploiter ces précédents pour justifier leurs propres ambitions géopolitiques.
Le paradoxe est cruel. Les États-Unis ont longtemps été les principaux architectes de l’ordre international né en 1945. Mais chaque fois qu’ils s’en affranchissent unilatéralement, ils affaiblissent le socle même dont ils se réclament. De même, chaque violation russe ou chinoise nourrit en retour la tentation américaine de s’affranchir davantage des contraintes juridiques.
Faut-il alors conclure que le droit international est mort ? Probablement pas. Un droit que l’on viole constamment reste un droit ; sinon personne ne chercherait encore à justifier ses entorses. Mais il est incontestable qu’il traverse une crise profonde. Les grandes puissances continuent de parler le langage du droit tout en agissant de plus en plus selon celui de la puissance.
Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir si le droit international est enterré. Elle est de savoir si nous sommes entrés dans un monde où les grandes puissances ont cessé de faire semblant qu’il les limite réellement.
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