Le troisième Forum international des arts du Maqom consacre l’ambition culturelle du « Nouvel Ouzbékistan »
Namangan (Ouzbékistan) – Du 23 au 27 juin, la ville de Namangan a accueilli la troisième édition du Forum international des arts du Maqom, un événement devenu en quelques années l’un des plus importants rendez-vous consacrés à la musique classique orientale. Réunissant des centaines de musiciens, chercheurs, responsables politiques et représentants d’organisations internationales venus de plus de 80 pays, le forum témoigne de la volonté de l’Ouzbékistan de faire de sa richesse culturelle un vecteur de dialogue international et un pilier du développement du « Nouvel Ouzbékistan ».
Le maqom, un patrimoine universel
Le forum a été inauguré le 23 juin en présence du Président de la République d’Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev.
Dans son discours d’ouverture, le chef de l’État a rappelé que le maqom constitue bien davantage qu’un simple genre musical. Selon lui, il représente un patrimoine spirituel capable de rapprocher les peuples et de favoriser la compréhension mutuelle.
« Le maqom est un pont spirituel qui unit les cœurs des peuples et ouvre la voie à la bonté », a déclaré le président devant les artistes, chercheurs et invités internationaux.
Selon l’UNESCO, le maqom est une tradition musicale savante transmise oralement, née au Moyen Âge et développée au fil des siècles en Asie centrale et dans l’ensemble du monde oriental. Il associe musique instrumentale, chant, poésie et improvisation, constituant l’une des expressions les plus raffinées de la culture de la Route de la Soie.
Aujourd’hui encore, cette tradition se décline sous différentes formes – Shashmaqom en Ouzbékistan et au Tadjikistan, Mugham en Azerbaïdjan, Muqam chez les Ouïghours ou encore Dastgah en Iran – illustrant les liens historiques qui unissent les civilisations d’Orient.
Une rencontre internationale d’envergure
Cette troisième édition a rassemblé près de 250 représentants du monde de la culture et des arts issus de plus de quatre-vingts pays.
Parmi les institutions représentées figuraient notamment l’UNESCO, l’ICESCO, la Communauté des États indépendants (CEI), l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), l’Organisation des États turciques, TURKSOY, l’Assemblée parlementaire des États turciques (TURKPA) ainsi que la Fondation du patrimoine culturel turcique.
Le forum a également accueilli plusieurs personnalités de premier plan, parmi lesquelles Dr Salim M. AlMalik, directeur général de l’ICESCO, Nosir Hamad Hinzab, président du Conseil exécutif de l’UNESCO, Kubanichbek Omuraliev, secrétaire général de l’Organisation des États turciques, Sultan Raev, secrétaire général de TURKSOY, ainsi qu’Aktoty Raimkulova, présidente de la Fondation du patrimoine culturel turcique.
Des ministres de la Culture, dont S.E. Adil Karimli, ministre de la Culture de la République d’Azerbaïdjan, des ambassadeurs, des universitaires et de nombreux artistes internationaux ont également pris part aux travaux.
L’ancien Premier ministre de Türkiye et président du Conseil des Sages de l’Organisation des États turciques, Binali Yıldırım, figurait également parmi les invités d’honneur.
Namangan, vitrine du développement culturel
Dans son intervention, le président Mirzioïev a tenu à rendre hommage à la ville de Namangan, qu’il a décrite comme l’une des régions les plus dynamiques du pays.
Il a salué son esprit entrepreneurial, son développement économique, mais également sa contribution historique à la littérature et aux arts, rappelant que la région a vu naître de grands poètes tels que Nodim, Fazliy, Majzub ou encore Usmon Nosir.
Au-delà de cet hommage, le président a surtout insisté sur la place accordée à la culture dans la stratégie du « Nouvel Ouzbékistan ».
Une politique culturelle ambitieuse
Le chef de l’État a rappelé que le développement du maqom constitue désormais une priorité de la politique culturelle nationale.
Parmi les mesures engagées figurent la création de 21 associations créatives couvrant les principaux domaines artistiques, dont le maqom, ainsi que le renforcement des institutions culturelles et de la formation des jeunes artistes.
Le président a également annoncé la construction d’un grand Centre du Maqom dans la nouvelle ville de Tachkent.
Cette institution enseignera non seulement les traditions ouzbèkes du maqom, mais également les grandes traditions musicales classiques arabes, turques, persanes, tadjikes et indiennes, avec l’ambition de devenir un centre régional de recherche, de formation et de dialogue interculturel.
Dans une vision résolument tournée vers l’avenir, Chavkat Mirzioïev a proposé la création d’un espace numérique mondial consacré au maqom, au mugham, au muqam, au dastgah et aux autres grandes traditions musicales classiques orientales.
Il a également lancé un appel aux chercheurs et aux artistes afin de réaliser une Anthologie mondiale du Maqom, destinée à préserver et transmettre ce patrimoine aux générations futures.
Quatre jours de musique et d’échanges
Durant quatre jours, le forum a alterné concerts de gala, concours internationaux, conférences scientifiques, classes de maître, expositions et visites culturelles dans la région de Namangan.
Ces rencontres ont permis aux artistes venus de nombreux pays de confronter leurs traditions musicales, d’échanger leurs expériences et de développer de nouveaux projets de coopération.
Les lauréats récompensés
La cérémonie de clôture, organisée le 27 juin, a récompensé les meilleurs interprètes du concours international.
Le Grand Prix, doté de 15 000 dollars américains, a été attribué à Orif Ergashev, représentant de l’Ouzbékistan.
La récompense lui a été remise par S.E. Ozodbek Nazarbekov, ministre de la Culture d’Ouzbékistan, lui-même l’un des artistes les plus populaires du pays.
Parmi les premiers prix figuraient :
- L’Ensemble de l’Orchestre symphonique d’État d’Ouzbékistan (catégorie Ensemble)
- Le Mugham Ensemble de la République d’Azerbaïdjan, représenté par Kamila Nabiyeva
- Les solistes azerbaïdjanais Nuraddin Taghiyev et Teymur Jabrayilov
Une ville en fête
Le Forum international du Maqom s’est déroulé simultanément avec le 65e Festival international des fleurs de Namangan, l’un des événements touristiques majeurs du pays.
Cette année, la ville est entrée dans le Livre Guinness des records pour avoir réalisé le plus grand nombre de plantations de fleurs par une équipe en un mois, renforçant encore son attractivité internationale.
Au même moment, la ville voisine d’Andijan célébrait sa désignation comme Capitale touristique du monde turcique pour 2026, en présence notamment du ministre de la Culture d’Azerbaïdjan Adil Karimli, du secrétaire général de TURKSOY Sultan Raev et du vice-ministre turc de la Culture et du Tourisme Serdar Çam.
Une renaissance culturelle qui s’inscrit dans l’histoire
Pour l’historien, cette politique culturelle rappelle inévitablement certaines des grandes périodes de l’histoire de l’Asie centrale. Sous Amir Timur (Tamerlan), puis plus encore sous ses successeurs, les souverains timourides avaient compris que la puissance d’un État ne reposait pas uniquement sur sa force militaire ou économique, mais également sur son rayonnement intellectuel et artistique.
À Samarcande puis à Hérat, les cours timourides attirèrent architectes, calligraphes, miniaturistes, astronomes, musiciens, philosophes et poètes venus de tout le monde musulman. Cette politique de mécénat atteignit son apogée sous le règne du sultan Husayn Bayqara, dont la cour accueillit notamment Alisher Navoï, figure majeure de la littérature turcique, qui éleva la langue tchaghataï au rang de grande langue littéraire et fit de la poésie un instrument de civilisation.
La musique occupait elle aussi une place essentielle dans cette renaissance culturelle. Les traditions savantes qui allaient progressivement donner naissance aux différentes écoles du maqom bénéficièrent du soutien des souverains et des grandes cours d’Asie centrale.
Bien entendu, les contextes historiques sont différents. Cependant, il est difficile de ne pas percevoir une certaine continuité dans la volonté actuelle des autorités ouzbèkes de faire de la culture un moteur du développement national. À travers l’action du ministère de la Culture, la restauration du patrimoine, la création de nouvelles institutions, l’organisation de grands festivals internationaux, le soutien aux artistes et le développement de partenariats avec l’UNESCO, l’ICESCO, TURKSOY ou encore l’Organisation des États turciques, l’Ouzbékistan affirme une stratégie où la culture devient un véritable instrument de diplomatie, de cohésion nationale et de rayonnement international.
Le troisième Forum international du Maqom apparaît ainsi comme bien plus qu’un événement musical. Il symbolise l’ambition du Nouvel Ouzbékistan de renouer avec une tradition ancienne : celle d’un pays qui, à l’image de la Renaissance timouride, considère les arts, la musique, la poésie et le savoir comme des fondements essentiels de son développement et de son ouverture sur le monde.
