Entretien Exclusif : « Le Pakistan est la porte d’entrée de l’Asie centrale ; l’avenir de nos relations n’a jamais été aussi prometteur »*
Entretien réalisé par Muhammad Ali Pasha
Dans un entretien exclusif, l’Ambassadeur du Tadjikistan au Pakistan, Son Excellence Sharifzoda Yousaf Toir, s’est exprimé sur le renforcement des relations entre le Tadjikistan et le Pakistan, les perspectives du commerce bilatéral, les liens culturels et linguistiques, le leadership du Président Emomali Rahmon et de S.E. Rustam Emomali, la transformation numérique, le tourisme ainsi que l’avenir des relations entre les deux pays frères.
Muhammad Ali Pasha : Excellence, quel est votre point de vue sur l’état actuel des relations entre le Tadjikistan et le Pakistan ?
S.E. Sharifzoda Yousaf Toir : Les relations entre le Tadjikistan et le Pakistan s’améliorent de jour en jour. Nous développons notre coopération dans de nombreux domaines et les progrès sont très encourageants.
Le Pakistan constitue une véritable porte d’entrée pour l’ensemble des États d’Asie centrale. C’est pourquoi nous travaillons activement afin que tous les pays de la région puissent tirer pleinement parti de cette position stratégique. Les dirigeants de nos deux pays sont déterminés à porter le volume des échanges commerciaux à 500 millions de dollars américains, voire davantage, au cours des deux prochaines années.
Muhammad Ali Pasha : Quel est actuellement le niveau des échanges commerciaux entre nos deux pays frères ?
S.E. : Malgré le contexte régional actuel, le commerce bilatéral entre le Pakistan et le Tadjikistan a déjà atteint 65 à 70 millions de dollars américains au milieu de cette année.
Je demeure très optimiste. Dès que la paix et la stabilité s’installeront davantage dans la région, le commerce entre le Pakistan, le Tadjikistan et l’ensemble de l’Asie centrale connaîtra une croissance significative.
Muhammad Ali Pasha : Quels sont, selon vous, les avantages de la coopération culturelle ?
S.E. : J’aimerais dire qu’au cours des cent dernières années, nous avons perdu une grande partie des liens culturels qui unissaient nos peuples.
Le Tadjikistan, le Pakistan et l’Afghanistan représentent en réalité une seule image qui a été divisée en trois morceaux. Tant que ces trois parties ne seront pas réunies, nous ne retrouverons pas l’image complète de notre patrimoine culturel commun.
Nous devons donc travailler avec détermination afin de reconstruire ces liens historiques, au bénéfice de nos trois nations.
Muhammad Ali Pasha : Quelle est votre opinion sur la langue persane et ses liens avec l’ourdou ?
S.E. : Il nous est très facile de communiquer en ourdou, car près de 80 % du vocabulaire ourdou est d’origine persane. Même les nombreux mots arabes présents en ourdou y sont généralement parvenus par l’intermédiaire du persan.
Je comprends naturellement une grande partie du vocabulaire ourdou, car nous utilisons les mêmes mots en tadjik. Même la prononciation du persan tadjik présente de nombreuses similitudes avec l’ourdou.
La musique pakistanaise ressemble également beaucoup à la musique tadjike ainsi qu’aux traditions musicales de Samarcande, Boukhara et de l’Afghanistan. Au regard de tous ces liens historiques et culturels, je dirais que nous formons un seul peuple. D’une certaine manière, notre ADN culturel est commun.
Muhammad Ali Pasha : Excellence, le Président Emomali Rahmon est considéré comme un grand ami du Pakistan. Comment définiriez-vous sa personnalité et son leadership ?
S.E. : Mon peuple et moi-même nous estimons très heureux d’avoir un dirigeant comme le Président Emomali Rahmon.
Sous sa direction, les Tadjiks ont retrouvé leur identité nationale, leur culture et une reconnaissance internationale. Grâce à sa vision, les questions relatives à l’eau sont devenues une priorité mondiale.
Il y a plus de trente ans déjà, il avait averti la communauté internationale qu’une crise mondiale de l’eau surviendrait un jour. Il a également lancé une initiative décennale consacrée à la préservation des glaciers, dont l’importance est aujourd’hui reconnue par de nombreux pays.
Muhammad Ali Pasha : Que pensez-vous du rôle de Son Excellence Rustam Emomali dans la modernisation et l’embellissement de Douchanbé ?
S.E. : Grâce à son leadership, Douchanbé est devenue l’une des plus belles capitales du monde. Si vous comparez la ville d’il y a quinze ans à celle d’aujourd’hui, la transformation est tout simplement remarquable.
Il a accordé une attention particulière à la jeunesse, notamment à travers le développement du football. Ses efforts ont contribué à la reconnaissance internationale de ce sport, conduisant les Nations Unies à proclamer le 25 mai Journée mondiale du football.
Rustam Emomali est une véritable source d’inspiration pour les jeunes générations.
Muhammad Ali Pasha : Quel rôle le tourisme peut-il jouer dans le rapprochement entre les deux pays ?
S.E. : Je suis heureux de constater que l’intérêt des touristes pakistanais pour les pays d’Asie centrale connaît une forte progression.
Plusieurs pays voisins ont déjà lancé des vols directs depuis le Pakistan, et nous travaillons également dans cette direction. Aujourd’hui, entre 1 300 et 1 600 touristes pakistanais visitent le Tadjikistan chaque mois, ce qui témoigne du renforcement des échanges entre nos peuples.
Muhammad Ali Pasha : Comment évaluez-vous les efforts du Président Emomali Rahmon dans les domaines de la numérisation et de l’intelligence artificielle ?
S.E. : Les initiatives du Président Emomali Rahmon profitent non seulement au peuple tadjik, mais également à toute la région.
En matière de numérisation et d’intelligence artificielle, il a présenté aux Nations Unies un programme ambitieux qui a été largement salué et approuvé par la communauté internationale.
Sous son leadership, le Tadjikistan réalise des progrès remarquables dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la transformation numérique. Je constate avec satisfaction que le Pakistan investit également dans ces secteurs, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de coopération entre nos deux pays.
Muhammad Ali Pasha : Où voyez-vous les relations entre le Pakistan et le Tadjikistan dans dix ans ?
S.E. : J’imagine un avenir où vous prendrez votre petit-déjeuner à Islamabad, déjeunerez au Tadjikistan, puis rentrerez chez vous le soir même.
Nos relations politiques, économiques, commerciales, culturelles et humaines continueront de se renforcer. Le jour n’est pas loin où nos deux pays seront si étroitement liés que la situation actuelle appartiendra au passé.
Muhammad Ali Pasha : Excellence, merci infiniment pour le temps que vous nous avez accordé.
S.E. : Merci à vous. Ce fut un véritable plaisir de partager ces réflexions.
