Autrice: Derya Soysal
L’Azerbaïdjan a accueilli à Shusha, les 13 et 14 juillet, le 4ème Shusha Global Media Forum sous le thème « The Mission of the Media in Promoting Peace: Restoring Truth and Rebuilding Trust ». Le gouvernement azerbaïdjanais organise pour la quatrième fois, au Qarabagh, dans les territoires libérés de l’occupation, un forum dédié aux médias. Ce forum a commencé le 13 juillet par une session ouverte durant laquelle des journalistes du monde entier ont pu poser des questions au président azerbaïdjanais.
Le 4th Shusha Global Media Forum a réuni près de 160 journalistes, experts et responsables issus de 53 pays. L’événement a exploré la manière dont le journalisme peut lutter contre la désinformation, la reconstruction du Qarabagh après l’occupation, le processus de paix avec l’Arménie, la décolonisation, la politique étrangère de l’Azerbaïdjan, les relations entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan, les relations entre l’Union européenne et l’Azerbaïdjan, l’aide des pays turciques dans la reconstruction du Qarabagh, le dialogue, la coexistence, l’intelligence artificielle, la désinformation, l’importance du corridor de Zangezur, la coopération entre les pays musulmans, le développement spectaculaire de l’Azerbaïdjan et sa reconnaissance comme middle power.
Les journalistes du Congo, d’Euronews, de l’Ouzbékistan, des États-Unis, de la Turquie, du Kazakhstan, de la Roumanie, etc., ont pu poser différentes questions au président sur des thèmes tels que la décolonisation, les relations bilatérales, la visite d’Ursula von der Leyen et d’António Costa à Bakou, ainsi que l’importance de l’intelligence artificielle aujourd’hui.
Le titre du forum est particulièrement important lorsque l’on sait que l’Azerbaïdjan a gagné la guerre du Haut-Karabagh malgré toute la désinformation diffusée par les médias internationaux à son sujet. L’Azerbaïdjan a remporté la guerre sur le terrain, mais il continue à faire face à la désinformation, notamment en raison du lobbying arménien. Durant le conflit, mais encore aujourd’hui, de nombreux médias occidentaux, principalement français, salissent la réputation de l’Azerbaïdjan et diffusent de la désinformation. Dès lors, l’Azerbaïdjan montre au monde entier que son président est capable de répondre ouvertement à toutes les questions des médias internationaux sans en avoir connaissance au préalable.
Il est également utile de rappeler que l’assistant du président, Hikmet Hajiyev, a répondu aux questions de tous les journalistes pendant les trois jours du forum, y compris à celles de la journaliste d’EUReporter et d’EUReflect. Le lobbying arménien a réussi à faire croire aux populations européennes, à l’opinion publique et aux décideurs français que l’Arménie avait raison, alors même qu’elle occupait 20 % des territoires azerbaïdjanais reconnus internationalement.
Le choix d’organiser le forum au Qarabagh, et plus particulièrement à Shusha, n’est pas anodin. Tous les journalistes présents ont pu voir les bâtiments brûlés et détruits sous l’occupation arménienne, ainsi que les destructions laissées avant le départ des Arméniens. Ils ont également pu constater comment le gouvernement azerbaïdjanais a réussi à reconstruire la région en seulement cinq ans. Le président a d’ailleurs déclaré lors du forum que lorsque les terres retournent à leurs propriétaires, la région se développe réellement et durablement.
Lors de la visite des différentes villes du Qarabagh, deux moments clés ont particulièrement retenu mon attention :
- La visite du mémorial du génocide de Khojaly.
- La visite du Parc de la Victoire de Khankendi.
(1) La tragédie de Khojaly
La tragédie de Khojaly est l’une des pages noires du conflit arméno-azerbaïdjanais. Dans la nuit du 25 au 26 février 1992, la ville de Khojaly a été rayée de la carte.
La visite du mémorial du génocide de Khojaly revêtait une importance particulière puisque les Arméniens occupants qui se sont dirigés vers la ville de Khojaly ont perpétré, avec l’aide de véhicules militaires lourdement équipés, un massacre que l’Azerbaïdjan qualifie de génocide contre notre population. À la suite de ce que l’Azerbaïdjan désigne comme le génocide de Khojaly, 613 personnes ont perdu la vie, dont 106 femmes, 63 enfants et 70 personnes âgées. Au total, 1 275 personnes ont été faites prisonnières, tandis que le sort de 150 d’entre elles demeure encore inconnu aujourd’hui.
Selon de nombreuses recherches académiques, notamment celles de Mustafayeva, N. (2013), du célèbre expert français Jean-Michel Brun (2023) et de Gasimov, D. D. (2010), 613 personnes ont été tuées, dont 106 femmes, 63 enfants et 70 personnes âgées. Au total, 1 275 personnes ont été prises en otage et le sort de 150 d’entre elles demeure encore inconnu.
Human Rights Watch déclare dans un rapport :
« Une grande partie de la population, accompagnée d’une bonne douzaine de combattants assurant le repli, a fui la ville à l’arrivée des troupes arméniennes. »
Le massacre de Khojaly est décrit par Human Rights Watch comme :
« le plus grand massacre du conflit du Haut-Karabagh ».
Selon les sources azerbaïdjanaises, à la suite de la politique d’occupation menée par l’Arménie pendant plus de vingt-cinq ans, 20 % du territoire de l’Azerbaïdjan ont été occupés. Plus de 20 000 citoyens ont été tués, plus de 50 000 ont été blessés, faits prisonniers ou rendus invalides. Plus d’un million de citoyens ont été contraints de quitter leurs terres. Des centaines de localités, près de 6 000 entreprises industrielles et agricoles, plus de 4 000 institutions culturelles, près de 700 écoles, ainsi que des musées et des bibliothèques, ont été détruits. Les dommages causés à l’économie du pays sont estimés à plus de 22 milliards de dollars.
(2) La visite du Parc de la Victoire de Khankendi
Le Zəfər Parkı (Parc de la Victoire) à Khankendi (Xankəndi) a été inauguré le 24 décembre 2025. Il commémore la victoire de la guerre des 44 jours grâce à des structures impressionnantes. Le parc possède notamment un escalier de 44 marches qui mène de la place centrale jusqu’à l’arc de triomphe, chaque marche représentant l’un des jours du conflit. Cela montre la force des forces armées azerbaïdjanaises et le fait qu’elles aient pu récupérer leurs territoires occupés en seulement 44 jours.
Dès lors, on comprend très bien la puissance de l’armée azerbaïdjanaise et que, si elle l’avait voulu, elle aurait pu attaquer directement l’Arménie. Cependant, elle a uniquement cherché à récupérer ses territoires occupés, sans revendiquer les territoires arméniens.
Le forum a également souligné deux autres points importants :
– La volonté du gouvernement azerbaïdjanais d’établir clairement la paix avec l’Arménie :
« Azerbaijan and Armenia initialed a peace agreement at the White House in the presence of President Trump. »
« More than 40,000 tons of different cargo have been transported to Armenia from Russia, from Kazakhstan, and from other destinations. »
« Especially now, when many countries are suffering from limited access to fuel, Armenia has a reliable source in Azerbaijan. »
a souligné le président azerbaïdjanais lors de la séance de questions-réponses.
– Un message implicite : la décolonisation et la lutte contre les empires coloniaux
Le journaliste de la RDC, Cedrick Aundu, a posé une question au président azerbaïdjanais, S.E. Ilham Aliyev :
« Quel est votre point de vue sur la manière dont les médias indépendants peuvent remettre en question les récits coloniaux et néocoloniaux ? »
Le président a répondu que les médias véritablement indépendants constituent une voix puissante capable de dépasser les influences et les contrôles politiques ou économiques qui peuvent peser sur les nations et les peuples opprimés.
D’ailleurs, le président a souligné que l’Azerbaïdjan avait souffert durant la domination russe et soviétique et que ce n’est qu’avec son indépendance que le pays a prospéré et s’est préparé à devenir une middle power.
Par ailleurs, lors du gala dinner, le gouvernement azerbaïdjanais a invité des danseurs de Polynésie française à présenter un spectacle de leur culture. La colonisation de la Polynésie française débute en mai 1842 avec l’établissement du protectorat sur Tahiti. La Polynésie française a été réinscrite sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU le 17 mai 2013. La France n’a pas accepté cette réinscription et boycotte systématiquement les réunions du Comité des 24, contrairement aux séances consacrées à la Nouvelle-Calédonie.
S’agit-il d’un message clair adressé à la France et aux autres puissances coloniales ? Ces dernières accusent régulièrement l’Azerbaïdjan et le critiquent, selon Bakou, en ternissant son image durant le conflit du Haut-Karabagh. Dans le même temps, Bakou critique vivement la politique « néocoloniale » de Paris et soutient activement les mouvements indépendantistes.
