Un match qui en dit long
Ce jeudi 20 août, le regard d’une bonne partie du football européen se tourne vers un duel qu’on n’attendait pas forcément : le FC Qairat Almaty, champion du Kazakhstan en titre, affronte le Sporting Anderlecht au tour de barrage des qualifications de l’Europa League. Match aller aujourd’hui, retour la semaine prochaine. Sur le papier, ça ressemble à un tour de qualification comme un autre. Dans les faits, c’est beaucoup plus que ça : c’est le dernier épisode d’une ascension que peu de monde avait vue venir, et un nouveau rappel que le Kazakhstan a toute sa place dans la famille UEFA.
Anderlecht arrive avec son pedigree, ses trophées européens, son histoire. Mais en face, il ne trouvera pas un adversaire de passage. Il y a quelques mois à peine, Qairat croisait le fer avec le Real Madrid, l’Inter Milan, le Sporting CP, Arsenal et le Club Bruges en phase de ligue de la Ligue des champions. Une saison entière où Almaty a fait parler d’elle sur toute la scène continentale.
Une épopée qui restera dans les mémoires
Pour en arriver là, Qairat a d’abord dû sortir NK Olimpija, le KuPS finlandais, le Slovan Bratislava, puis, dans un scénario totalement fou, le Celtic Glasgow aux tirs au but. Résultat : seulement le deuxième club kazakh de l’histoire, après le FK Astana en 2015, à atteindre la phase de ligue de la Champions League — et le tout premier à le faire dans le nouveau format élargi de la compétition. Almaty devenait au passage la ville la plus à l’est jamais représentée dans l’histoire de la C1. Un symbole, à sa manière, de l’endroit où s’arrêtent réellement les frontières du football européen.
Le Kazakhstan est membre de l’UEFA depuis 2002. Ce n’est pas un hasard ni un simple choix administratif : c’était un pari assumé sur une intégration plus étroite avec le continent européen, plutôt qu’avec la confédération asiatique. Vingt ans plus tard, le pari commence à porter ses fruits. Le Shakhter Karagandy avait ouvert la voie en 2013 en atteignant la phase de groupes de l’Europa League. L’Astana avait enchaîné plusieurs campagnes européennes solides. Et maintenant Qairat, qui vient d’écarter le Celtic et de tenir tête à certains des plus grands clubs du monde, montre que ces résultats ne doivent rien au hasard.
Plus européen qu’on ne le pense
On entend parfois la question : pourquoi un pays d’Asie centrale joue-t-il sous la bannière de l’UEFA ? La réponse tient en grande partie à la géographie. Le Kazakhstan est un pays réellement transcontinental. La partie située à l’ouest de l’Oural — ce qu’on appelle le « Kazakhstan européen » — couvre à elle seule environ 148 000 km². Rien que cette portion du territoire place le Kazakhstan au 14e rang des plus grandes superficies en Europe, devant la Grèce, pourtant membre de l’Union européenne depuis des décennies. Ajoutez à cela des liens économiques particulièrement solides — l’UE reste le premier partenaire commercial du pays, avec environ 30 % de ses échanges — et l’ancrage européen du Kazakhstan, sur le terrain diplomatique comme sur le terrain sportif, apparaît nettement moins surprenant qu’il n’y paraît de prime abord.
Ce n’est pas la première fois que Kazakhs et Belges se croisent
Le duel de ce jeudi n’est d’ailleurs pas la toute première rencontre entre les deux pays sur un rectangle vert. En décembre dernier, la section futsal du Kairat Almaty avait déjà affronté celle d’Anderlecht en huitièmes de finale de la Champions League de futsal — et l’avait emporté sur les deux manches, 12 buts à 6 au cumul. Un résultat passé relativement inaperçu à l’époque, mais qui prend aujourd’hui une autre saveur. Entre Almaty et Bruxelles, les retrouvailles se multiplient, et le football kazakh n’a plus vraiment le profil de l’outsider surprise.
Au-delà du score
Quel que soit le résultat de ces deux matchs, l’histoire de Qairat mérite d’être lue autrement que comme un simple résultat sportif. C’est l’histoire d’un pays qui se sert du football comme d’un pont : entre Almaty et Milan, Madrid, Londres, et désormais Bruxelles. Entre une identité centrasiatique bien affirmée et une famille sportive européenne qu’il a rejointe il y a plus de vingt ans, et à laquelle il continue de prouver, match après match, qu’il appartient pleinement. Face au Real Madrid une semaine, face à Anderlecht la suivante, le Kazakhstan ne frappe plus à la porte de l’Europe. Il est déjà là. Et il compte bien y rester.
Qairat Almaty et le Sporting Anderlecht disputent le match aller de leur barrage d’Europa League ce jeudi 20 août 2026, le retour étant programmé la semaine suivante.
