Boualem Sansal, l’épreuve de l’immortalité
Il y a, dans certaines candidatures à l’Académie française, quelque chose d’un geste plus que d’une ambition. Une manière d’inscrire une trajectoire personnelle dans le long récit de la langue. Celle de Boualem Sansal au fauteuil numéro 3, jadis occupé par Jean-Denis Bredin, appartient sans doute à cette catégorie.
La date est désormais connue : l’élection aura lieu le jeudi 29 janvier 2026. Mais la nouvelle est tombée plus tôt, ce jeudi 8 janvier à 16h30 précises, à l’heure exacte où s’achevait le délai pour faire acte de candidature. L’écrivain algérien, romancier traduit dans de nombreuses langues, emprisonné durant une année à Alger, a adressé une lettre à Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l’Académie, ainsi qu’aux Immortels. Un courrier sobre, dit-on, à l’image d’une œuvre qui n’a jamais confondu fracas médiatique et exigence morale.
Sansal n’est pas seul dans la course. Par souci d’équité — et l’Académie n’en manque jamais — rappelons que d’autres prétendants se sont également manifestés : Yves-Denis Delaporte, Jean-Yves Gerlat, Philippe Leuckx, Olivier Mathieu. Pascale Cossart, Isaline Remy et Eduardo Pisani avaient, eux, déposé leur candidature dès les semaines précédentes. Une constellation de profils, d’œuvres et de parcours, qui dit aussi quelque chose de l’embarras académique face à un fauteuil prestigieux mais exigeant.
Car le 11 décembre dernier, l’élection s’était soldée par une « blanche ». Aucun candidat n’avait recueilli la majorité requise. Échec collectif, ou prudence calculée ? À l’Académie, le silence est souvent une réponse. La blanche, dans le rituel feutré de l’Institut, est moins une absence de choix qu’un refus provisoire de trancher.
La candidature de Boualem Sansal vient donc relancer le jeu. Elle le fait avec une charge symbolique difficile à ignorer. Écrivain de langue française, mais enraciné dans une histoire algérienne douloureuse ; intellectuel critique des dogmes, mais profondément attaché à l’héritage humaniste ; auteur reconnu en Europe, mais longtemps marginalisé dans son propre pays, Sansal incarne une certaine idée de la littérature comme espace de résistance.
Son emprisonnement à Alger, durant une année, plane comme une ombre silencieuse sur cette candidature. L’Académie française, qui aime à se penser hors du tumulte politique, n’est pourtant jamais totalement étrangère aux soubresauts du monde. Accueillir Sansal serait, à sa manière, un geste. Non militant, certes, mais signifiant. Une reconnaissance de la littérature quand elle dérange, quand elle refuse le confort des consensus.
Reste à savoir si les Immortels franchiront ce pas. Le fauteuil numéro 3, occupé par Jean-Denis Bredin — juriste, écrivain, figure de la rigueur intellectuelle tempérée par l’élégance — appelle un héritier capable d’en prolonger l’esprit sans l’imiter. Sansal en a la gravité, la hauteur, peut-être aussi l’intransigeance.
Le 29 janvier dira si l’Académie choisit l’audace feutrée plutôt que la prudence polie. En attendant, la langue française, elle, observe. Et parfois, cela suffit à faire événement.
Avez-vous trouvé cet article instructif ? Abonnez-vous à la newsletter de notre média EurasiaFocus pour ne rien manquer et recevoir des informations exclusives réservées à nos abonnés : https://bit.ly/3HPHzN6
Did you find this article insightful? Subscribe to the EurasiaFocus newsletter so you never miss out and get access to exclusive insights reserved for our subscribers: https://bit.ly/3HPHzN6
