Benyamin Netanyahou est attendu lundi aux États-Unis pour une nouvelle séquence diplomatique à haute intensité, où il sera reçu par son allié indéfectible, Donald Trump. La rencontre, la cinquième entre les deux hommes sur le sol américain depuis le retour du président républicain à la Maison-Blanche il y a près d’un an, s’annonce déterminante. Elle intervient à un moment charnière, alors que l’avenir de la fragile trêve à Gaza, le dossier nucléaire iranien et l’équilibre régional au Moyen-Orient restent suspendus à des arbitrages délicats.
Le Premier ministre israélien s’envolera dimanche pour les États-Unis, a confirmé à l’AFP une source israélienne sous couvert d’anonymat. Dès lundi, il doit s’entretenir avec Donald Trump, probablement à Mar-a-Lago, la résidence floridienne du président américain. « Il souhaite me voir », avait glissé ce dernier en décembre, soulignant la proximité politique et personnelle qui unit les deux dirigeants.
À l’ordre du jour, selon le quotidien Yedioth Ahronoth, figurent plusieurs dossiers brûlants : le programme nucléaire iranien — obsession stratégique d’Israël — mais aussi la Syrie, le Hezbollah libanais et, surtout, l’entrée dans la deuxième phase du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza. Cette étape cruciale prévoit le désarmement du mouvement islamiste palestinien, un retrait progressif de l’armée israélienne, la mise en place d’une autorité palestinienne de transition et le déploiement d’une force internationale de stabilisation.
Pour de nombreux observateurs, le calendrier de cette rencontre est lourd de sens. « Le moment est extrêmement significatif », estime Gershon Baskin, militant pacifiste israélien et médiateur informel de longue date dans les négociations liées aux otages. « La deuxième phase aurait déjà dû commencer. Les Américains le savent : le Hamas a eu trop de temps pour se réorganiser. » Washington, ajoute-t-il, n’a aucun intérêt à voir la situation s’enliser.
Prévue dans un plan de paix supervisé par Donald Trump, la trêve instaurée en octobre a mis fin à deux années de guerre dévastatrice à Gaza, déclenchée par l’attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023. Mais le processus reste fragile. Israël et le Hamas s’accusent mutuellement de violations, et les négociations piétinent. Avant toute discussion sur la deuxième phase, Israël exige la restitution du corps du dernier otage présumé détenu à Gaza. Le Hamas affirme ne pas être en mesure de le localiser à ce stade.
Selon le média américain Axios, Washington souhaiterait annoncer rapidement la création d’un gouvernement palestinien de technocrates chargé d’administrer Gaza durant la transition. Une perspective qui agace de plus en plus certains responsables américains, frustrés, selon le site, par « les initiatives de Benyamin Netanyahou qui fragilisent le cessez-le-feu et sapent le processus de paix ».
De son côté, le Premier ministre israélien continue de recentrer le débat sur l’Iran. Il redoute une relance du programme nucléaire iranien et le renforcement de ses capacités balistiques. Une focalisation qui, selon Gershon Baskin, relève aussi d’une stratégie politique : « Tout ce que l’on voit dans les médias israéliens ces dernières semaines sur la menace iranienne sert à détourner l’attention de Gaza. L’Iran est le sujet favori de Netanyahou. »
En juin dernier, Israël et l’Iran s’étaient affrontés dans une guerre éclair de douze jours, déclenchée par des frappes israéliennes visant des sites nucléaires iraniens, auxquelles les États-Unis s’étaient joints. Téhéran avait riposté par des attaques de drones et de missiles, ravivant le spectre d’une confrontation régionale élargie.
À l’approche des élections législatives prévues à l’automne 2026, cette rencontre avec Donald Trump offre à Benyamin Netanyahou une tribune idéale pour remettre l’Iran au centre de l’agenda international — et reléguer au second plan les tensions politiques internes. « Avec lui, tout est lié à son maintien au pouvoir », analyse Yossi Mekelberg. Doyen des Premiers ministres israéliens, à la tête de l’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire du pays, Netanyahou joue une partie où diplomatie, sécurité et survie politique sont désormais indissociables.
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