Ils étaient figures d’autorité, visages familiers d’une actualité souvent brutale, garants d’un ordre institutionnel. Et pourtant, ils n’ont pas tenu. Ces dernières semaines, plusieurs tragédies viennent bouleverser le monde politique : le suicide du ministre russe des Transports, suivi de celui d’un député français discret mais respecté, révèlent une faille béante dans l’architecture émotionnelle du pouvoir.
Derrière les déclarations calibrées, les costumes bien repassés et les postures martiales, une fragilité humaine trop souvent niée. Ce que ces morts silencieuses nous disent, c’est l’usure. L’usure du rôle, l’usure des corps, l’usure de l’image.
La politique, ce sport à huis clos
Être un élu, un ministre, un haut fonctionnaire, ce n’est pas seulement « décider ». C’est endurer. L’exposition permanente, la violence symbolique des réseaux sociaux, la solitude des arbitrages, la fatigue de la représentation constante — tout cela compose un environnement à haute pression psychique.
« Le politique contemporain est un gladiateur sans arène », note un sociologue de l’ENS. « Il se bat dans des arènes invisibles : celles de l’opinion, du storytelling, de l’exemplarité sans faille. » Or ce combat laisse peu de place au doute, à la faiblesse, à l’intime.
Santé mentale : le tabou du pouvoir
Contrairement aux entreprises privées où le burn-out est devenu un mot presque banal, les institutions politiques ont longtemps ignoré — ou minimisé — les signes de détresse psychologique chez leurs membres. Qui, dans les hautes sphères, oserait dire : je vais mal ?
Le mythe de la solidité morale, hérité d’une culture viriliste du pouvoir, reste profondément ancré. Reconnaître un besoin de soin, c’est craindre le soupçon d’incompétence. Résultat : beaucoup se taisent. Et certains s’effondrent.
Une faillite collective ?
Ces suicides ne sont pas que des tragédies personnelles. Ils sont des symptômes d’un système qui exige l’endurance sans offrir de refuge. L’éthique de l’engagement, certes noble, est souvent confrontée à l’impossibilité de tenir physiquement et psychiquement sur la durée.
Et nous, citoyens, avons notre part : nous exigeons des politiques d’être surhumains, disponibles, irréprochables — et de le rester dans un monde hyperconnecté, où la moindre faille devient viralité.
Prévenir, c’est repenser le pouvoir
Il devient urgent d’instaurer une véritable culture de la santé mentale au sein des institutions politiques. Supervision psychologique, espaces de parole, droit au retrait temporaire : autant de pratiques aujourd’hui encore taboues, mais essentielles.
La prévention n’est pas une affaire de communication de crise. Elle suppose de repenser notre rapport au pouvoir : moins vertical, moins sacrificiel, plus humain. Une démocratie adulte devrait savoir qu’un responsable politique est aussi un être vulnérable. Et qu’il n’y a pas de honte à demander de l’aide.
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