La Belgique figure depuis plusieurs décennies parmi les pays européens où la dépense publique sociale est la plus élevée. Protection sociale généreuse, système de santé universel, pensions relativement protectrices : le modèle social belge est souvent cité comme un pilier de la cohésion sociale. Pourtant, dans un contexte de vieillissement accéléré de la population, de croissance modérée et de dette publique élevée, la dynamique des dépenses sociales alimente un débat de plus en plus vif : s’agit-il d’une nécessité économique et sociale ou d’une dérive budgétaire susceptible de fragiliser la soutenabilité des finances publiques ?
Une dynamique de dépenses sociales nettement supérieure à la moyenne européenne
En 2025, les dépenses sociales belges représentent environ 26,3 % du PIB, contre 21,8 % en moyenne dans l’Union européenne et 20,5 % dans la zone euro (Eurostat, COFOG, 2025). Ce différentiel place la Belgique parmi les trois pays les plus dépensiers d’Europe, derrière la France mais devant l’Allemagne.
Dépenses sociales en % du PIB (2025)
| Pays | Dépenses sociales (% PIB) |
|---|---|
| Belgique | 26,3 |
| France | 31,2 |
| Allemagne | 25,1 |
| Pays-Bas | 22,0 |
| Italie | 27,8 |
| UE-27 | 21,8 |
Source : Eurostat (2025)
Cette position élevée n’est pas le fruit d’une explosion récente, mais d’une trajectoire de long terme. Entre 2010 et 2025, les dépenses sociales belges ont augmenté de près de 4 points de PIB, principalement sous l’effet des pensions et des dépenses de santé.
Le vieillissement démographique : moteur structurel de la hausse
Le principal facteur explicatif de cette dynamique est le vieillissement rapide de la population. En 2025, 21,1 % de la population belge est âgée de 65 ans ou plus, contre 18,5 % en 2010 (Eurostat, projections démographiques). Le ratio de dépendance des personnes âgées atteint désormais 34 personnes âgées pour 100 actifs, et devrait dépasser 40 à l’horizon 2040. la Belgique fait face à une évolution comparable à celle de ses voisins européens.
Vieillissement de la population : comparaison européenne
Population âgée de 65 ans et plus (% de la population totale, 2025)
| Pays | Part des 65 ans et + (%) |
|---|---|
| Belgique | 21,1 |
| Allemagne | 22,4 |
| France | 21,3 |
| Pays-Bas | 20,3 |
| Italie | 24,1 |
| Espagne | 21,0 |
| UE-27 | 21,0 |
Sources : Eurostat (2025)
La Belgique présente un niveau de vieillissement très proche de la moyenne européenne, mais inférieur à celui de l’Italie et de l’Allemagne. Cela montre que la pression démographique sur les finances publiques belges n’est pas exceptionnelle en soi. En revanche, combinée à un système de pensions relativement généreux et à une indexation automatique des prestations, cette structure démographique amplifie la dynamique des dépenses sociales. Autrement dit, ce n’est pas tant le vieillissement en lui-même qui distingue la Belgique, mais la manière dont il est financé.
Ce vieillissement exerce une pression directe sur :
- les pensions, qui représentent environ 11,4 % du PIB en 2025 ;
- les dépenses de santé, estimées à 8,2 % du PIB ;
Dépenses de santé : Belgique vs pays européens
Dépenses publiques de santé (% du PIB, 2025)
| Pays | Dépenses de santé (% PIB) |
|---|---|
| Belgique | 8,2 |
| Allemagne | 9,1 |
| France | 9,0 |
| Pays-Bas | 8,0 |
| Italie | 7,4 |
| Espagne | 7,3 |
| UE-27 | 7,6 |
Source: Eurostat (2025)
- les soins de longue durée, en forte progression depuis la pandémie.
Selon le Bureau fédéral du Plan, les dépenses liées à l’âge pourraient augmenter de 2,5 points de PIB supplémentaires d’ici 2040, en l’absence de réformes structurelles.
structure démographique amplifie la dynamique des dépenses sociales. Autrement dit, ce n’est pas tant le vieillissement en lui-même qui distingue la Belgique, mais la manière dont il est financé.
Nécessité sociale ou rigidité budgétaire ?
D’un point de vue macroéconomique, ces dépenses ne sont pas uniquement un coût. Elles jouent un rôle stabilisateur fondamental. En période de ralentissement économique, la générosité du système social belge amortit les chocs sur la consommation et limite l’augmentation des inégalités. La Belgique affiche ainsi un taux de pauvreté après transferts sociaux de 14 %, contre près de 24 % avant transferts (Statbel, 2024).
Cependant, cette efficacité sociale a un revers budgétaire. Les dépenses sociales sont largement rigides à la baisse, ce qui limite la capacité d’ajustement des finances publiques. En 2025, elles représentent près de 55 % de la dépense publique totale, réduisant l’espace disponible pour l’investissement public productif, notamment dans les infrastructures, la transition énergétique ou l’innovation.
Comparaison européenne : efficacité contre soutenabilité
La comparaison avec les Pays-Bas est éclairante. Avec des dépenses sociales inférieures de plus de 4 points de PIB, les Pays-Bas affichent une dette publique de 54 % du PIB, contre plus de 100 % en Belgique. Pourtant, les indicateurs sociaux fondamentaux (espérance de vie, taux de pauvreté, emploi) y sont comparables.
Cela suggère que le débat ne porte pas uniquement sur le niveau des dépenses sociales, mais sur leur efficience. Plusieurs études de l’OCDE soulignent que la Belgique dépense davantage que la moyenne européenne pour des résultats sociaux similaires, en particulier en matière de santé et de politiques du marché du travail.
Une trajectoire compatible avec la soutenabilité budgétaire ?
À court terme, la hausse des dépenses sociales ne constitue pas une crise immédiate. Les marchés continuent de financer la dette belge à des conditions raisonnables, avec un taux d’intérêt moyen autour de 2,5 % en 2025. Toutefois, à moyen et long terme, la combinaison d’un déficit primaire persistant et de dépenses sociales croissantes pose un problème de soutenabilité.
Sans réforme, la dépense sociale pourrait devenir le principal facteur d’aggravation de la dette publique, limitant la capacité de l’État à répondre à de futurs chocs économiques ou financiers.
Conclusion : une nécessité… à condition de réformer
L’augmentation des dépenses sociales en Belgique n’est pas une dérive au sens strict : elle répond à des réalités démographiques et sociales incontestables. Néanmoins, leur trajectoire actuelle n’est pas neutre économiquement. La question centrale n’est donc pas de réduire brutalement ces dépenses, mais de les rendre soutenables et plus efficaces.
Réformer les pensions, renforcer la prévention en santé et améliorer l’efficacité des politiques sociales apparaissent comme des leviers indispensables pour préserver le modèle social belge sans compromettre l’équilibre des finances publiques.
Principales sources
- Eurostat (2025), Government expenditure by function (COFOG)
- OCDE (2024), Social Expenditure Database (SOCX)
- Bureau fédéral du Plan (2024), Perspectives de vieillissement
- FMI (2024), Belgium – Article IV Consultation
- Banque nationale de Belgique (2025), Rapport économique.
