Il était juriste, il fut président, il devient accusé. Yoon Suk-yeol, figure austère de la droite sud-coréenne, fait désormais face à ce que la justice de son pays décrit comme l’une des plus graves atteintes aux institutions démocratiques depuis 1987, date charnière de la transition post-autoritaire. L’ancien chef de l’État est poursuivi pour tentative d’instauration illégale de la loi martiale en décembre 2024, un épisode qui avait alors ébranlé la République et plongé Séoul dans une zone de turbulence politique rarement atteinte depuis la fin de la dictature militaire.
Un basculement autoritaire avorté
Officiellement, Yoon souhaitait « maintenir l’ordre constitutionnel » face aux protestations croissantes et à une situation politique devenue, selon ses mots, « ingérable ». Officieusement, ses détracteurs dénoncent une dérive autoritaire planifiée, un recours à la force militaire contre son propre peuple, masqué sous les atours de la légalité. La loi martiale, envisagée pour être instaurée en catimini, n’a finalement jamais vu le jour – stoppée net par la fronde des contre-pouvoirs institutionnels, dont une Cour constitutionnelle vigilante et un Parlement encore debout.
Mais les faits sont là : selon les procureurs, Yoon aurait manœuvré en coulisses pour désorganiser l’enquête parlementaire sur sa propre gestion de la crise, faire pression sur des hauts gradés réticents, et empêcher la divulgation de documents compromettants. Des accusations graves, relevant à la fois de l’abus de pouvoir et de l’obstruction à la justice. Il encourt désormais la prison à perpétuité.
Une crise démocratique sans précédent
Depuis 1987, la Corée du Sud s’était érigée en modèle de transition démocratique en Asie. L’arrestation récente de Yoon Suk-yeol – encore impensable il y a quelques mois – marque une rupture dans cette trajectoire. Car il ne s’agit pas seulement d’un président déchu, mais de l’homme qui fut procureur général, puis élu au nom d’un conservatisme moral et institutionnel.
Sa tentative de verrouiller le pouvoir au moyen d’un état d’exception fantôme, révélée par une série de fuites internes, a provoqué un séisme politique : manifestations massives, débats parlementaires enflammés, et, au cœur de l’opinion, un vertige collectif face à la fragilité des garde-fous démocratiques. La République sud-coréenne a vacillé, et la classe politique, de droite comme de gauche, en sort ébranlée.
Un procès du siècle ?
La justice devra désormais démêler les intentions réelles de Yoon : geste désespéré d’un homme isolé ou projet autoritaire mûrement préparé ? Le procès à venir s’annonce historique, à la hauteur de celui de Park Geun-hye en 2017. Mais cette fois, ce ne sont pas seulement la corruption ou les passe-droits qui sont en jeu : c’est la possibilité même, dans une démocratie moderne, qu’un président en exercice tente de suspendre l’ordre constitutionnel par la force.
Dans les couloirs feutrés des universités de Séoul comme dans les cafés des quartiers branchés de Mapo ou Itaewon, l’affaire suscite stupeur et réflexion. Car derrière l’éventuelle chute de Yoon Suk-yeol, c’est une question plus vaste qui se dessine : à quel point les démocraties libérales sont-elles encore solides face aux tentations autoritaires venues de l’intérieur ?
Il revient à la Corée du Sud de prouver que son armature institutionnelle peut résister à ses propres fissures. Et à l’Histoire de juger, au-delà du tribunal, l’héritage funeste d’un président qui voulait briser le silence de l’ordre… pour mieux l’imposer.
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