Parmi les signataires figurent les États-Unis et la Chine, dont la rivalité technologique structure déjà l’ordre mondial. Le texte, dépourvu d’engagements contraignants, privilégie des initiatives volontaires : mutualisation des capacités de recherche, partage des bonnes pratiques, coopération scientifique. «Le potentiel de l’IA ne se réalise pleinement que lorsque ses bénéfices sont partagés par l’ensemble de l’humanité», affirme la déclaration, dans un élan quasi humaniste.
La publication, initialement attendue vendredi, a été retardée afin d’atteindre le seuil symbolique des 80 signataires, a précisé le ministre indien des Technologies de l’information. Derrière l’effort arithmétique se lit une ambition politique : faire de l’Inde un pivot du débat mondial sur l’IA, entre Nord et Sud, régulation et innovation.
Sur la scène, les voix étaient nombreuses et dissonantes. Le Premier ministre Narendra Modi, le président Emmanuel Macron, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres ou encore le patron d’OpenAI, Sam Altman, ont successivement esquissé les contours d’un futur algorithmique à la fois prospère et périlleux. Traduction multilingue, productivité accrue, mais aussi menace sur l’emploi et consommation énergétique croissante des centres de données : l’IA apparaît comme un Janus contemporain.
Deux visions se sont toutefois nettement opposées. D’un côté, Antonio Guterres a annoncé la création d’une commission scientifique visant à rendre effectif un «contrôle humain» des systèmes d’IA — prémisse d’une gouvernance internationale plus structurée. De l’autre, Washington, par la voix de Michael Kratsios, a rejeté «totalement» toute perspective de régulation mondiale, préférant une approche souveraine et flexible.
Sam Altman, lui, a évoqué la possibilité d’un organisme international inspiré de l’Agence internationale de l’énergie atomique, manière de souligner que l’IA, comme le nucléaire hier, engage des puissances dont la maîtrise excède les frontières nationales.
En filigrane, le sommet de New Delhi — premier de cette ampleur dans un pays en développement — consacre l’entrée de l’IA dans le champ classique de la diplomatie multilatérale. Le prochain rendez-vous, prévu à Genève en 2027, dira si la communauté internationale parvient à dépasser les déclarations d’intention pour inventer un véritable droit de l’algorithme. Pour l’heure, le monde s’accorde sur les mots. Reste à s’entendre sur les actes.
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