Il fallait oser. Donald Trump l’a fait. En annonçant la création d’un « conseil de paix », l’ancien — et éternel — candidat à la Maison-Blanche ressuscite une vieille ambition américaine : faire la paix sans jamais renoncer à la force, arbitrer le monde tout en s’en retirant, promettre l’ordre en cultivant le chaos.
À première vue, l’intitulé surprend. Trump, héraut de la confrontation, de la dissonance permanente et du rapport de force assumé, se drape soudain dans les habits du pacificateur. Mais l’histoire politique américaine est coutumière de ces paradoxes. La paix, à Washington, n’a jamais été l’absence de guerre ; elle est une méthode, une mise en scène, parfois une stratégie commerciale.
Ce « conseil de paix » n’est donc pas tant une institution qu’un récit.
Trump ne parle pas la langue feutrée de la diplomatie multilatérale. Il préfère celle du deal. La paix, dans son lexique, n’est pas le fruit d’un équilibre fragile entre nations, mais le résultat d’une négociation gagnant-perdant, souvent résumée à une formule simple : ils nous doivent quelque chose. Le monde devient une salle de conseil d’administration, les conflits des lignes budgétaires, et la morale un accessoire de communication.
Il serait cependant trop facile de balayer l’initiative d’un revers de main. Car Trump dit tout haut ce que d’autres pratiquent tout bas. Depuis des décennies, la diplomatie internationale oscille entre idéalisme affiché et réalisme brutal. En nommant son projet « conseil de paix », Trump retire le vernis. Il assume une paix transactionnelle, conditionnelle, réversible.
C’est peut-être là que réside le malaise.
La paix, traditionnellement, se construit dans la lenteur, l’ennui, le compromis. Elle exige de l’invisible, du non-spectaculaire, du renoncement. Tout ce que Trump abhorre. Son conseil de paix, tel qu’il est présenté, semble au contraire pensé pour produire des images, des annonces, des signatures sous flashs. Une paix performative, presque instagrammable.
Il y a aussi, dans cette initiative, une nostalgie très américaine : celle d’un monde plus simple, où un homme fort pouvait « régler » les problèmes. Une nostalgie que partagent nombre d’électeurs fatigués par la complexité géopolitique, les conflits interminables, les guerres sans victoire claire. Trump leur propose une alternative séduisante : moins de discours, plus de résultats. Quitte à simplifier à l’extrême.
Mais simplifier la paix, c’est souvent la différer.
Car la paix imposée, négociée sans les peuples, sans les mémoires blessées, sans les humiliations accumulées, n’est qu’un cessez-le-feu déguisé. Elle tient tant que l’homme fort est là. Elle s’effondre dès qu’il disparaît.
Le « conseil de paix » de Trump pose donc une question essentielle, bien au-delà de sa personne : voulons-nous encore croire à une paix fondée sur le droit, le dialogue et les institutions, ou sommes-nous entrés dans une ère où la paix sera, comme le reste, privatisée, personnalisée, brandée ?
Trump n’invente rien. Il radicalise une tendance. Et c’est précisément pour cela que son initiative mérite d’être prise au sérieux. Non comme une promesse crédible de paix mondiale, mais comme un symptôme. Celui d’un monde fatigué de la guerre, mais trop impatient pour la paix.
Avez-vous trouvé cet article instructif ? Abonnez-vous à la newsletter de notre média EurasiaFocus pour ne rien manquer et recevoir des informations exclusives réservées à nos abonnés : https://bit.ly/3HPHzN6
Did you find this article insightful? Subscribe to the EurasiaFocus newsletter so you never miss out and get access to exclusive insights reserved for our subscribers: https://bit.ly/3HPHzN6
