C’est une success story à la française comme on les aime : discrète, racée, un brin rebelle. Depuis sa création en 1997 par Thierry Gillier, Zadig & Voltaire a imposé sa silhouette dans les rues de Paris, les avenues de New York et les quartiers arty de Séoul. Un pull en cachemire à tête de mort, une blouse blanche légèrement froissée, une attitude faussement nonchalante — et le voilà, ce luxe décontracté qui séduit les esthètes du quotidien. Aujourd’hui, la marque va plus loin. Beaucoup plus loin. Le fondateur, descendant de la famille Voltaire (par alliance, si l’on ose dire), s’est lancé dans un nouveau chapitre : l’hôtellerie haut de gamme. L’élégance change de matière, mais pas de ton.
Le chic rock comme ADN
À l’origine, Zadig & Voltaire, c’était une intuition : que la mode pouvait être à la fois précieuse et désinvolte. Qu’on pouvait vendre du cachemire comme on écrit un poème de Rimbaud. Entre slogans brodés, inspiration littéraire et allure androgyne, la marque a construit un vestiaire pour celles et ceux qui veulent incarner le luxe sans le brandir. Ni trop bourgeois, ni trop street — juste ce qu’il faut de rock et de raffinement. Résultat : une présence dans plus de 30 pays, plus de 350 boutiques, et une communauté fidèle, mobile, digitalisée, cosmopolite.
Un hôtel comme manifeste
Mais Zadig ne voulait pas s’en tenir à l’habit. En 2024, Thierry Gillier ouvre son premier hôtel à Paris, Chateau Voltaire, dans le 1e arrondissement, près de l’Opéra Garnier et du Jardin des Tuileries. Plus qu’un lieu de passage, c’est un manifeste esthétique : œuvres d’art contemporain aux murs, atmosphère feutrée, parfums exclusifs diffusés dans les couloirs… Tout y est pensé comme une extension sensorielle de l’univers Zadig. On n’y dort pas : on s’y prolonge. Le projet flirte avec la vision d’un lifestyle total, à la croisée d’Aesop, de Soho House et de Margiela. Et ce n’est sans doute qu’un début.
Vers un empire culturel du cool ?
Ce passage de la mode à l’hospitalité dit quelque chose du luxe contemporain : il ne suffit plus de vendre des vêtements, il faut incarner une vision. Offrir un monde. Gillier l’a bien compris, lui qui rêve désormais d’ouvrir d’autres hôtels, à New York, Tokyo, pourquoi pas Lisbonne. Zadig & Voltaire pourrait ainsi devenir l’une des rares marques françaises à bâtir un véritable empire du cool, mêlant textile, design, art, parfum et expérience immersive.
Où cela s’arrêtera-t-il ?
C’est la question que se posent à demi-mot les analystes du secteur : la marque peut-elle croître sans trahir son esprit ? Le risque du “trop”, du lifestyle générique, n’est jamais loin. Mais jusqu’ici, Zadig & Voltaire semble tenir son cap avec une élégance frondeuse, dans la tradition des dandys éclairés qui savent que la mode est aussi affaire de philosophie. Comme l’écrivait justement Voltaire : « Il faut cultiver notre jardin ». Chez Gillier, ce jardin prend désormais des allures de palace.
Avez-vous trouvé cet article instructif ? Abonnez-vous à la newsletter de notre média EurasiaFocus pour ne rien manquer et recevoir des informations exclusives réservées à nos abonnés : https://bit.ly/3HPHzN6
Did you find this article insightful? Subscribe to the EurasiaFocus newsletter so you never miss out and get access to exclusive insights reserved for our subscribers: https://bit.ly/3HPHzN6