Ils se sont longtemps regardés comme dans un miroir. Même goût pour les formules-chocs, même dédain pour les institutions, même culte de la virilité bravache. Jair Bolsonaro et Donald Trump ont incarné, chacun sur leur continent, la vague autoritaire d’un populisme sans complexe, nourri de ressentiment, de nostalgie et d’algorithmes. Mais aujourd’hui, à Washington comme à Brasília, les deux figures vacillent. Et l’Histoire, malicieuse, semble vouloir leur offrir un destin commun : celui des tribunaux.
Dernier épisode en date : l’ex-président brésilien a été sommé de porter un bracelet électronique. Une mesure rarissime, presque théâtrale, imposée après son inculpation pour tentative de coup d’État. L’accusation est grave : selon les autorités, Bolsonaro aurait activement participé à un projet visant à renverser l’issue des élections de 2022. Un air de déjà-vu ? Bien sûr. On se souvient des images du Capitole pris d’assaut, des tweets incendiaires, de l’incantation trumpienne selon laquelle l’élection fut “volée”.
Les deux hommes partagent plus qu’un style : ils incarnent une ère. Celle d’une démocratie fatiguée, où les figures de la disruption ont remplacé celles de la construction. Ils ont bâti leur légitimité sur la méfiance envers les élites, les médias, les experts — jusqu’à nier les résultats mêmes de l’arbitrage démocratique. Et maintenant, les voilà tous deux rattrapés par cette même démocratie qu’ils ont tenté de contourner : tribunaux, enquêtes, mises en examen.
Mais si les parallèles abondent, les différences comptent aussi. Trump reste candidat, bruyamment, cyniquement. Bolsonaro, lui, paraît plus abattu, presque crépusculaire, retranché dans un silence qui contraste avec ses années de feu. Le bracelet électronique, grotesque et symbolique à la fois, semble acter une déchéance déjà consommée.
Reste une question, vertigineuse : les populismes meurent-ils avec ceux qui les incarnent ? Rien n’est moins sûr. Car si Trump et Bolsonaro chutent, leur style, lui, a contaminé le langage politique. L’outrance, la démagogie, le refus du compromis ne sont plus l’apanage de l’extrême. Ils se sont banalisés, digérés, recyclés.
Alors non, le destin de Trump et Bolsonaro n’est peut-être pas identique dans ses détails. Mais il l’est dans ce qu’il révèle : les démocraties modernes peuvent vaciller, tituber, céder aux sirènes du chaos — avant de se redresser, avec lenteur et gravité. Le bracelet électronique de Bolsonaro n’est pas qu’un accessoire judiciaire. Il est une métaphore : celle d’un pouvoir qui croyait pouvoir échapper à toute contrainte, et qui découvre, trop tard, que même les hommes forts peuvent tomber.
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