Le taux d’emploi est l’un des indicateurs les plus déterminants de la performance macroéconomique d’un pays. En Belgique, il constitue également l’un des principaux facteurs de divergence économique entre régions. Malgré une amélioration progressive au niveau national, les écarts persistants entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles continuent de peser sur la croissance potentielle, les finances publiques et la cohésion économique du pays.
En 2024–2025, ces disparités régionales apparaissent comme l’un des freins structurels majeurs à la soutenabilité du modèle socio-économique belge.
Un taux d’emploi national en progrès, mais inférieur aux standards européens
Taux d’emploi national (20–64 ans, %)
| Année | Belgique | Zone euro | Pays-Bas |
|---|---|---|---|
| 2015 | 67,2 | 69,4 | 74,9 |
| 2020 | 70,5 | 72,1 | 79,7 |
| 2024 | 72,1 | 74,6 | 82,1 |
| 2025* | 73,0 | 75,2 | 82,5 |
* projection
Source : Eurostat, Commission européenne
Malgré la hausse récente, la Belgique reste en dessous de l’objectif européen de 78 %, ce qui limite la contribution du facteur travail à la croissance potentielle.
Des écarts régionaux structurels et persistants
Taux d’emploi par région (20–64 ans, % – 2024)
| Région | Taux d’emploi |
|---|---|
| Flandre | 77,8 |
| Wallonie | 66,5 |
| Bruxelles-Capitale | 63,8 |
| Belgique (moyenne) | 72,1 |
Source : Eurostat, Statbel
L’écart entre la Flandre et Bruxelles dépasse 14 points de pourcentage, un différentiel exceptionnel au sein de l’Union européenne pour un État de cette taille.
Une contribution asymétrique à la croissance économique
Les régions à fort taux d’emploi contribuent mécaniquement davantage à la croissance du PIB et aux recettes publiques.
Contribution régionale au PIB et à l’emploi (2024)
| Région | Part du PIB (%) | Part de l’emploi (%) |
|---|---|---|
| Flandre | 60 | 62 |
| Wallonie | 24 | 23 |
| Bruxelles | 16 | 15 |
Source : Banque nationale de Belgique
La faiblesse du taux d’emploi dans les régions à plus faible contribution réduit l’efficacité globale de l’économie belge.
Un impact direct sur les finances publiques
Les disparités régionales d’emploi se traduisent par des écarts marqués en matière de transferts sociaux et de recettes fiscales.
Solde budgétaire implicite par région (% du PIB régional)
| Région | Solde implicite |
|---|---|
| Flandre | +2,1 |
| Wallonie | -6,2 |
| Bruxelles | -8,0 |
Source : estimations BNB, OCDE
Ces écarts alimentent des mécanismes de transferts interrégionaux permanents, qui pèsent sur la soutenabilité budgétaire globale.
Le rôle du capital humain et de la structure du marché du travail
Les différences de taux d’emploi reflètent aussi des écarts en matière de qualification.
Part des diplômés du supérieur (% 25–64 ans, 2024)
| Région | Diplômés supérieurs |
|---|---|
| Flandre | 44 |
| Wallonie | 36 |
| Bruxelles | 47 |
Source : Eurostat
Malgré un haut niveau de qualification à Bruxelles, le taux d’emploi reste faible, en raison :
- d’un chômage structurel élevé,
- d’un décalage entre compétences offertes et demandées,
- d’une forte concentration de populations vulnérables.
Implications macroéconomiques à long terme
Les écarts régionaux d’emploi ont trois conséquences macroéconomiques majeures :
- Croissance potentielle plus faible
Une meilleure convergence régionale pourrait augmenter la croissance potentielle belge de 0,3 à 0,5 point par an(OCDE). - Pression accrue sur les finances publiques
Faible emploi = moins de cotisations + plus de dépenses sociales. - Rigidités institutionnelles renforcées
Les divergences compliquent la coordination des politiques du marché du travail entre niveaux de pouvoir.
Belgique vs pays fédéraux comparables
Écart maximal régional de taux d’emploi (points de pourcentage)
| Pays | Écart régional |
|---|---|
| Belgique | 14 |
| Allemagne | 7 |
| Espagne | 9 |
| Italie | 11 |
Source : Eurostat, OCDE
La Belgique se distingue par l’ampleur exceptionnelle de ses écarts régionaux, ce qui explique en partie sa faible croissance potentielle.
Conclusion
Le taux d’emploi constitue l’un des principaux défis macroéconomiques de la Belgique. Les écarts régionaux persistants réduisent la croissance, fragilisent les finances publiques et accentuent les déséquilibres internes. Tant que ces divergences ne seront pas résorbées, la Belgique restera confrontée à un plafond structurel de croissance.
La question du taux d’emploi dépasse donc largement le cadre du marché du travail : elle est au cœur de la soutenabilité du modèle économique belge.
