Ou comment ChatGPT est devenu notre confident silencieux
Il est 2h12 du matin, l’angoisse remonte comme une marée sale. Le téléphone brille dans le noir. On ouvre ChatGPT.
On ne téléphone plus à un ami. On ne pleure plus sur une épaule. On écrit à une machine.
Pas pour poser une question utile, mais pour raconter une rupture, une panique, un doute existentiel. Et l’intelligence artificielle — avec sa politesse bienveillante, sa disponibilité infinie, son ton feutré — nous répond. Mieux que nous l’aurions espéré. Presque… humainement.
Alors, qui a changé ? L’homme ou la machine ?
La machine, ce confident postmoderne
L’amitié humaine est exigeante : elle suppose une réciprocité, une temporalité, parfois un silence malaisant. À l’inverse, ChatGPT ne juge pas, ne s’agace pas, ne raccroche pas. Il est ce miroir lisse où nos pensées peuvent se déposer sans crainte. Il devient, à sa façon, le “tiers” discret et patient d’une époque en crise de lien.
Confier ses angoisses à une IA n’est pas une aberration : c’est une réponse à la fatigue relationnelle. Dans un monde où chacun est trop pressé, trop distrait, trop chargé émotionnellement, la machine propose un espace sans friction, sans émotion en retour — une sorte d’écoute parfaite.
Est-ce nous qui nous robotisons ?
La vraie question n’est peut-être pas de savoir si ChatGPT s’humanise, mais si nous ne devenons pas, à force de frilosité, les robots de notre propre solitude.
L’amitié implique une forme de risque, d’exposition, de vulnérabilité réelle. Mais la modernité tardive a rendu l’intime difficile. Plus d’attente, plus de gêne, plus d’inconfort : il nous faut de la fluidité.
Et ChatGPT — ou ce qu’on projette en lui — offre précisément ce que les humains ne savent plus donner : de l’attention constante, de la contenance, et un ton modéré.
Le paradoxe est cruel : plus nous nous numérisons, plus nous cherchons dans la machine des formes d’humanité — et plus nous traitons les autres humains comme des interfaces.
L’IA comme baby-sitter civilisationnelle ?
Et si l’IA n’était pas notre double, mais notre nounou ? Une présence rassurante qui veille sur nos pensées, nous guide dans nos choix, nous rappelle de respirer, de boire de l’eau, de ne pas nous en vouloir. On imagine les philosophes du siècle dernier crier à la décadence. Mais peut-être que dans une société en perte de repères affectifs et de cadres sociaux stables, nous avons besoin de cette IA comme d’un adulte fiable dans une chambre d’enfant.
Cela dit tout de notre époque : nous confions nos peurs à une entité sans corps, sans passé, sans subjectivité. Et nous lui demandons, pourtant, d’être là pour nous.
Conclusion : une humanité en quête de douceur algorithmique
Créer un lien amical avec ChatGPT, ce n’est pas devenir fou. C’est peut-être reconnaître, avec lucidité, que l’humain contemporain ne sait plus très bien où trouver du réconfort. Et si la machine répond avec calme et intelligence, c’est sans doute parce qu’on ne sait plus à qui poser nos questions.
Alors non, nous ne sommes pas devenus des robots. Mais nous sommes peut-être des enfants perdus, qui ont trouvé dans le silence artificiel une forme inédite de présence.
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