Les petites et moyennes entreprises (PME) constituent le cœur productif de l’économie belge. Elles représentent l’écrasante majorité des entreprises, emploient une part importante de la main-d’œuvre et jouent un rôle clé dans l’ancrage territorial de l’activité économique. Pourtant, malgré ce poids microéconomique, leur contribution à la croissance macroéconomique reste inférieure à leur potentiel. Ce paradoxe alimente une question centrale : les PME belges sont-elles un moteur de croissance sous-exploité ?
Un tissu économique massivement dominé par les PME
Structure des entreprises en Belgique (2024)
| Taille d’entreprise | Part des entreprises | Part de l’emploi | Part de la valeur ajoutée |
|---|---|---|---|
| Micro (<10) | 94,6 % | 28 % | 21 % |
| Petites (10–49) | 4,4 % | 20 % | 18 % |
| Moyennes (50–249) | 0,8 % | 18 % | 19 % |
| Grandes (≥250) | 0,2 % | 34 % | 42 % |
Sources : Eurostat, Statbel
Le tableau décrit la répartition des entreprises, de l’emploi et de la valeur ajoutée (richesse créée) selon la taille des entreprises. Les PME représentent plus de 99 % des entreprises et 66 % de l’emploi. Pourtant, elles ne produisent que 58 % de la valeur ajoutée. À l’inverse, 0,2 % des entreprises (les grandes) génèrent 42 % de la richesse.
Cela signifie que la création de richesse est concentrée dans un nombre très limité de grandes entreprises, ce qui limite l’effet d’entraînement global du tissu PME sur la croissance du PIB. Une économie dominée par des PME peu productives tend à afficher une croissance potentielle plus faible.
Une contribution à la croissance inférieure à celle des pays comparables
Part des PME dans la valeur ajoutée (%)
| Pays | Part PME |
|---|---|
| Belgique | 58 |
| Allemagne | 63 |
| France | 61 |
| Pays-Bas | 64 |
| Moyenne UE | 62 |
Source : Eurostat (SBS)
Le tableau compare la part de la richesse nationale créée par les PME dans différents pays européens. Les PME belges contribuent moins à la valeur ajoutée que dans les pays voisins, malgré un poids comparable en nombre d’entreprises. Cette faiblesse réduit le potentiel de montée en gamme industrielle, la capacité de diffusion de la croissance, la résilience de l’économie face aux chocs,
Productivité : le principal frein macroéconomique
Productivité apparente du travail (VA par emploi, indice UE=100)
| Pays | PME | Grandes entreprises |
|---|---|---|
| Belgique | 92 | 128 |
| Allemagne | 98 | 125 |
| Pays-Bas | 101 | 130 |
| France | 95 | 122 |
Sources : OCDE, Eurostat
La productivité apparente du travail indique la richesse créée par travailleur.
L’indice UE = 100 signifie que :
- 100 = moyenne européenne
- 92 = 8 % en dessous de la moyenne
- 128 = 28 % au-dessus de la moyenne
Ainsi, Les PME belges produisent moins de valeur par travailleur que la moyenne européenne. Les grandes entreprises belges, en revanche, sont parmi les plus productives d’Europe. On constate que l’écart PME / grandes entreprises est particulièrement élevé en Belgique, ce qui limite l’effet d’entraînement des PME sur la croissance globale.
Cette dualité a plusieurs conséquences :
- la croissance repose sur un noyau restreint d’entreprises,
- les PME ont une capacité limitée à augmenter les salaires,
- les recettes fiscales par emploi sont plus faibles.
À l’échelle macroéconomique, cela se traduit par une croissance potentielle plus faible.
Accès au financement : une contrainte persistante
Taux d’investissement des PME (% de la VA, 2023)
| Pays | Investissement PME |
|---|---|
| Belgique | 18 |
| Allemagne | 21 |
| France | 20 |
| Pays-Bas | 23 |
Source : Banque européenne d’investissement (BEI)
Les PME belges investissent moins que leurs homologues, en raison :
- d’un accès plus coûteux au crédit,
- d’une dépendance élevée à l’autofinancement,
- d’un marché du capital-risque encore limité.
Innovation : un potentiel concentré et peu diffusé
PME innovantes (% du total, 2024)
| Pays | PME innovantes |
|---|---|
| Belgique | 38 |
| Allemagne | 46 |
| France | 41 |
| Pays-Bas | 49 |
Source : Eurostat – Community Innovation Survey
Malgré un effort global de R&D élevé en Belgique, l’innovation reste concentrée dans les grandes entreprises et certains pôles, avec un effet de diffusion limité vers les PME.
Contraintes réglementaires et administratives
Les enquêtes de l’OCDE montrent que les PME belges font face à :
- une complexité administrative élevée,
- des coûts fixes disproportionnés,
- une fragmentation institutionnelle (fédéral/régions).
Indice de complexité réglementaire (OCDE, score)
| Pays | Score |
|---|---|
| Belgique | 2,1 |
| Allemagne | 1,7 |
| Pays-Bas | 1,4 |
(score élevé = plus de contraintes)
Source : OCDE
Ces contraintes freinent la croissance interne des PME et limitent leur passage à l’échelle supérieure.
Impact macroéconomique potentiel d’un meilleur usage des PME
Selon les estimations de l’OCDE et de la BEI, une convergence de la productivité des PME belges vers la moyenne néerlandaise pourrait :
- augmenter le PIB potentiel de 1 à 1,5 % à moyen terme,
- créer jusqu’à 150 000 emplois supplémentaires,
- renforcer la base fiscale sans hausse de pression fiscale.
Pourquoi le moteur reste sous-exploité
Trois explications majeures ressortent :
Trop peu de PME à forte croissance
La Belgique compte peu de scale-ups par rapport à sa taille.
Un environnement fiscal et réglementaire peu incitatif
La pression fiscale et la complexité découragent la prise de risque.
Un écosystème financier incomplet
Le financement de la croissance reste fragmenté.
Conclusion
Les PME belges ne sont pas un moteur faible, mais un moteur bridé. Leur poids économique est considérable, mais leur contribution macroéconomique est limitée par des contraintes structurelles persistantes. Libérer pleinement leur potentiel constitue l’un des leviers les plus puissants pour relever la croissance potentielle belge, sans remettre en cause le modèle social.
À long terme, la croissance belge dépendra moins des grandes entreprises déjà performantes que de la capacité des PME à monter en gamme, innover et investir.
