Longtemps perçus comme le territoire quasi exclusif de la jeunesse, les réseaux sociaux gagnent désormais une autre génération : celle des retraités et des sexagénaires. Dans les salons silencieux, entre deux journaux ou au détour d’un après-midi solitaire, les écrans de smartphone deviennent parfois une nouvelle fenêtre sur le monde.
Angèle, 22 ans, en fait l’expérience quotidienne avec son père de 69 ans. Sur WhatsApp, la conversation familiale ressemble à un étrange flux visuel : un ours attrapant un poisson au vol, un chat roux généré par intelligence artificielle mixant devant une assemblée de souris, ou encore une série de saynètes absurdes et colorées. Autant de vidéos verticales, ces fameux «Reels» que l’on retrouve sur Instagram ou Facebook, cousines directes des «Shorts» de YouTube.
Chaque jour, plusieurs de ces clips d’une poignée de secondes atterrissent dans la messagerie de la jeune étudiante. La plupart restent sans réponse. «Il m’envoie énormément de vidéos. Je pense qu’il passe parfois huit heures par jour sur les réseaux sociaux», confie-t-elle avec une pointe d’étonnement.
La solitude numérique
Ce phénomène n’a rien d’anecdotique. Pour de nombreux seniors, les plateformes sociales offrent un antidote discret à la solitude. Le smartphone, objet autrefois étranger à leur génération, devient progressivement un compagnon du quotidien. Dans ce nouvel espace numérique, les vidéos courtes jouent un rôle particulier : elles ne demandent ni effort ni engagement prolongé. Un geste du pouce suffit pour passer à la suivante.
Les algorithmes, eux, veillent. Ils apprennent les goûts, ajustent les contenus et entretiennent ce mouvement continu du regard. Le spectateur se retrouve entraîné dans un flux hypnotique, où la frontière entre divertissement et dépendance devient parfois floue.
Une génération inattendue
Ironie de l’histoire : ce mécanisme, souvent reproché aux adolescents, semble aujourd’hui toucher aussi leurs parents et grands-parents. Là où l’on redoutait autrefois l’isolement numérique des jeunes, on observe désormais une forme de mimétisme générationnel.
Les seniors découvrent, à leur tour, la logique du «scroll infini» : ces séquences de quelques secondes qui s’enchaînent sans fin, transformant un moment d’ennui en une longue dérive visuelle.
Dans cette économie de l’attention, chacun devient spectateur permanent — qu’il ait 16 ans ou 69 ans. Et derrière l’écran lumineux, la promesse reste la même : une compagnie immédiate, silencieuse, et infiniment renouvelée. 📱
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