Depuis plus d’une décennie, la Belgique affiche une croissance économique modérée, rarement supérieure à 2 % en rythme annuel. Si les fluctuations conjoncturelles expliquent une partie de cette performance, le véritable enjeu réside ailleurs : la croissance potentielle du pays, c’est-à-dire le rythme maximal de croissance soutenable sans tensions inflationnistes, apparaît structurellement faible. En 2025, elle est estimée à environ 1,2 %, un niveau inférieur à celui de plusieurs économies européennes comparables. Cette situation soulève une question essentielle : quels sont les freins structurels à la croissance potentielle belge ?
Une croissance potentielle inférieure à celle de ses voisins
Les estimations du FMI et de la Commission européenne convergent vers un diagnostic clair : la Belgique souffre d’un déficit de dynamisme structurel.
Croissance potentielle estimée (% annuel, 2025)
| Pays | Croissance potentielle |
|---|---|
| Belgique | 1,2 |
| Allemagne | 1,3 |
| France | 1,4 |
| Pays-Bas | 1,6 |
| Zone euro | 1,3 |
Sources : Commission européenne (2024), FMI
Ce différentiel peut sembler marginal, mais cumulé sur plusieurs années, il se traduit par un écart significatif de niveau de vie et par une moindre capacité à absorber les chocs économiques.
Le facteur démographique : une contribution de plus en plus négative
Le premier déterminant de la faible croissance potentielle est démographique. La population en âge de travailler (20–64 ans) stagne, tandis que le vieillissement réduit mécaniquement la contribution du facteur travail à la croissance.
En 2025, 21,1 % de la population belge a plus de 65 ans, contre 18,5 % en 2010. Le ratio de dépendance des personnes âgées atteint 34 %, ce qui limite la progression de la population active, malgré une immigration nette positive.
Contrairement aux Pays-Bas, la Belgique ne parvient pas à compenser pleinement ce vieillissement par une hausse suffisante du taux d’emploi.
Un taux d’emploi encore insuffisant
Malgré les progrès récents, le taux d’emploi belge demeure inférieur à celui des économies les plus performantes.
Taux d’emploi (20–64 ans, 2024)
| Pays | Taux d’emploi |
|---|---|
| Belgique | 72,1 % |
| Allemagne | 77,4 % |
| Pays-Bas | 82,1 % |
| France | 74,6 % |
Source : Eurostat, 2024
Ce retard est particulièrement marqué chez les travailleurs âgés, les peu qualifiés et certaines catégories issues de l’immigration. Cette sous-utilisation du capital humain pèse directement sur le potentiel de croissance.
Productivité : le principal maillon faible
Si le niveau de productivité du travail en Belgique reste élevé en comparaison internationale, sa croissance est faible. Depuis 2010, la productivité horaire progresse en moyenne de 0,6 % par an, contre plus de 1 % aux Pays-Bas.
Ce ralentissement s’explique par :
- une diffusion incomplète des innovations numériques,
- un investissement insuffisant dans les technologies productives,
- une allocation inefficiente du capital entre secteurs.
La fragmentation du marché intérieur et la complexité réglementaire freinent également la montée en gamme de l’économie.
L’investissement : quantitativement élevé, qualitativement insuffisant
À première vue, l’investissement total en Belgique n’est pas faible : il représente environ 23 % du PIB. Toutefois, cette moyenne masque une faiblesse de l’investissement public productif, notamment dans les infrastructures et la R&D.
Dépenses de R&D (% du PIB, 2024)
| Pays | R&D (% PIB) |
|---|---|
| Belgique | 3,1 |
| Allemagne | 3,1 |
| France | 2,2 |
| Pays-Bas | 2,3 |
Source : OCDE, 2024
Si la Belgique affiche de bons résultats en R&D, ceux-ci sont largement concentrés dans quelques pôles et grandes entreprises, limitant leur diffusion à l’ensemble du tissu économique.
Le poids des rigidités institutionnelles
Enfin, la structure institutionnelle belge constitue un frein indirect mais significatif à la croissance potentielle. La fragmentation des compétences entre niveaux de pouvoir complique la mise en œuvre de réformes structurelles cohérentes, notamment sur le marché du travail, la formation et l’innovation.
Plusieurs rapports de l’OCDE soulignent que cette complexité institutionnelle réduit l’efficacité des politiques publiques et freine l’adaptation de l’économie aux mutations technologiques.
Conclusion
La faible croissance potentielle belge n’est pas le résultat d’un unique facteur, mais d’une combinaison de contraintes démographiques, d’un marché du travail imparfaitement mobilisé, d’une productivité en ralentissement et de rigidités institutionnelles persistantes.
Dans un contexte de dette publique élevée et de pressions budgétaires croissantes, relever la croissance potentielle n’est pas un luxe, mais une nécessité économique. Sans un sursaut structurel, la Belgique risque de voir ses marges de manœuvre budgétaires se réduire durablement, compromettant à la fois la soutenabilité de ses finances publiques et son modèle social.
