Ils ont des dents pointues, des yeux espiègles et un air malicieux qui évoque un lointain cousin de Gremlins croisé avec un manga oublié. On les croyait sortis d’un rêve étrange ou d’un film d’animation underground — ce sont en réalité les stars du moment. Les « Labubu », petites créatures de peluche nées en Asie, ont conquis la planète. Plus qu’un jouet, un phénomène culturel. Plus qu’un phénomène, un marché explosif.
Partout, on les aperçoit : dans les bras d’adolescents japonais en uniforme, sur les étagères des concept stores de Séoul, en pendentif dans le métro parisien, ou soigneusement mis en scène dans les vitrines de collectionneurs branchés de Berlin. Un monstre de douceur devenu fétiche urbain.
Une peluche née de l’art
Derrière ce phénomène, un duo de créateurs taïwanais — Kasing Lung et Pop Mart — qui, à la base, n’avait rien d’un projet mainstream. Né dans les marges de l’art contemporain et du design de figurines, Labubu s’inscrivait à l’origine dans la lignée des “art toys” asiatiques, ces objets hybrides entre sculpture, mode et culture pop. Mais dès 2023, les ventes explosent. En 2025, elles atteignent des sommets : plus de 850 millions de dollars générés par les ventes de figurines, peluches et produits dérivés. Une croissance estimée à +120 % par rapport à l’année précédente.
À qui s’adresse Labubu ?
Aux enfants ? Pas vraiment. Labubu plaît d’abord aux adultes, aux collectionneurs, aux fashionistas. C’est l’objet fétiche des nouvelles élites culturelles globalisées, celles qui lisent Kinfolk à Tokyo et écoutent Frank Ocean à Bruxelles. Une peluche ? Oui, mais à 40 euros pièce, parfois vendue dans des coffrets mystères, souvent revendue trois à cinq fois son prix sur des plateformes de revente.
Labubu incarne l’esthétique du bizarre chic : un monde où l’étrangeté devient mignonne, où l’objet enfantin devient accessoire de distinction. On ne le porte pas, on l’exhibe. Il trône sur les bureaux de freelance parisiens, sur les étagères des coffee shops scandinaves, ou dans les sacs de créateurs à la Fashion Week.
Une nouvelle économie de la nostalgie
Mais pourquoi un tel engouement ? Parce que Labubu incarne l’air du temps : un mélange de nostalgie, de kawaii postmoderne, et de capitalisme émotionnel. À l’ère de l’anxiété numérique, la peluche est une forme de refuge. Sauf qu’ici, le refuge est ironique, mutant, presque subversif. Un doudou punk.
Les marques l’ont compris. En 2025, Labubu a collaboré avec plusieurs géants : Uniqlo, Gentle Monster, et même Balenciaga. Il est devenu un vecteur d’identification générationnelle, à la croisée de l’art et du marketing.
Vers une saturation ?
Le danger, bien sûr, c’est la surconsommation. Déjà, les critiques pointent une « labubumania » excessive, la prolifération de contrefaçons, et une marchandisation à outrance d’un objet initialement marginal. Mais pour l’instant, rien ne semble pouvoir arrêter la course du monstre mignon.
Labubu n’est pas simplement une peluche. C’est un miroir : celui d’un monde qui cherche du sens dans les objets les plus inattendus — et qui, pour conjurer l’angoisse, adopte des monstres gentils.
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