La France vieillit, mais refuse de se l’avouer.
Nous continuons de parler jeunesse, start-up, innovation et croissance verte, comme si le futur appartenait éternellement aux trentenaires sous caféine. Et pourtant, derrière les discours d’agilité et de transition, une autre transition, plus silencieuse, s’impose : celle du grand âge.
Selon l’Insee, près de 700 000 nouveaux seniors en perte d’autonomie apparaîtront d’ici 2050. Autant dire une ville entière, une génération entière, condamnée à dépendre d’un système qui n’a ni les moyens ni la structure pour les accueillir.
Le mythe du pays jeune
« La France est un pays de vieux qui se prend pour un pays de jeunes », observe l’économiste Maxime Sbaihi. L’expression est cruelle, mais juste.
Notre pacte social repose encore sur une illusion : celle d’une population active suffisante pour financer, soigner et accompagner ses aînés. Or, la démographie dément cette croyance — et les finances publiques la condamnent.
Les chiffres sont implacables : un déficit des retraites estimé à 30 milliards d’euros par an d’ici 2045, une population de plus de 60 ans en constante hausse, et des Ehpad à bout de souffle.
Pendant que la société célèbre la jeunesse éternelle sur Instagram, le pays réel compte ses aidants épuisés, ses maisons de retraite saturées, et ses familles qui bricolent l’autonomie avec des bouts de solidarité.
L’Ehpad, fin d’un modèle
L’affaire Orpea a fait plus qu’ébranler un secteur : elle a entamé la foi française dans l’institution.
Longtemps, l’Ehpad fut perçu comme le prolongement de l’État providence — un lieu de soins, d’ordre, de dignité. Aujourd’hui, il symbolise l’abandon, la bureaucratie, la solitude.
« L’Ehpad est une solution faute d’autre recours », admet Maëlig Le Bayon, directeur général de la CNSA.
La phrase sonne comme un aveu : la dépendance est devenue un angle mort de la solidarité nationale. Les familles se débrouillent, les aidants s’épuisent, les politiques promettent.
Pendant ce temps, la génération du baby-boom s’avance vers ses 90 ans — lucide, connectée, mais inquiète.
Une réforme du regard
La question n’est plus seulement budgétaire. Elle est culturelle.
La vieillesse, en France, reste perçue comme une fin plutôt que comme une étape. Nous avons organisé notre société autour de la performance, du mouvement, de la jeunesse éternelle — et nous découvrons aujourd’hui qu’il nous faut réapprendre à vieillir ensemble.
Il ne s’agit plus seulement de financer des Ehpad, mais de réinventer l’idée même de la vieillesse : une autonomie partagée, des logements adaptés, une société du soin plutôt qu’une société du renvoi.
La France, qui aime tant se penser jeune, doit désormais apprendre à se regarder vieillir sans honte.
Car vieillir, c’est encore vivre — mais différemment. Et cela, notre modèle social n’y est pas préparé.
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