La Belgique, longtemps considérée comme un modèle de stabilité économique, se retrouve aujourd’hui confrontée à un défi majeur : la soutenabilité de sa dette publique dans un contexte de remontée progressive des taux d’intérêt. Avec un ratio dette/PIB qui devrait atteindre 102,8 % en 2025, la question de l’équilibre budgétaire devient cruciale pour les décideurs publics et pour la confiance des marchés.
Pendant plus d’une décennie, des taux historiquement bas ont permis à la Belgique de maintenir sa dette sous contrôle, malgré des déficits primaires persistants. Le taux moyen payé sur la dette publique belge est estimé à 2,5 % en 2025, tandis que la croissance du PIB réel est prévue à 1,6 % (Banque nationale de Belgique, 2025 ; FMI, 2024). Cette situation montre que la Belgique devra faire face à une pression accrue sur ses finances publiques, car la croissance reste modérée et le coût de la dette augmente.
Le solde primaire, c’est-à-dire le solde budgétaire hors paiement des intérêts, demeure le principal levier pour stabiliser la dette. En Belgique, il est projeté à –1,0 % du PIB en 2025, ce qui signifie que l’État continue d’emprunter pour financer ses politiques courantes, en plus de couvrir les intérêts. Tant que ce solde reste négatif, la dette continue d’augmenter mécaniquement, même en période de croissance.
Évolution des recettes, dépenses et du solde primaire en Belgique (2019-2025)
| Année | Recettes publiques (Md €) | Dépenses publiques (Md €) | Solde primaire (Md €) | Solde primaire (% PIB) |
| 2019 | 355,6 | 380,2 | –24,6 | –6,9 % |
| 2020 | 345,0 | 400,8 | –55,8 | –14,2 % |
| 2021 | 360,3 | 395,5 | –35,2 | –8,9 % |
| 2022 | 374,5 | 398,7 | –24,2 | –5,9 % |
| 2023 | 382,0 | 389,0 | –7,0 | –1,8 % |
| 2024* | 390,0 | 392,5 | –2,5 | –0,6 % |
| 2025* | 395,0 | 399,0 | –4,0 | –1,0 % |
Sources : Banque nationale de Belgique, Eurostat, Commission européenne
Cette situation est accentuée par le poids des dépenses sociales, qui représenteront environ 26 % du PIB, et par le vieillissement de la population, avec 21 % des Belges âgés de 65 ans et plus (Eurostat, 2025).
Pour mieux comprendre la position de la Belgique, voici une comparaison avec ses principaux voisins européens :
| Pays | Dette/PIB | Déficit primaire | Taux d’intérêt moyen | Croissance PIB | Dépenses sociales (% PIB) |
| Belgique | 102,8 % | –1,0 % | 2,5 % | 1,6 % | 26 % |
| Allemagne | 68,5 % | 1,0 % | 1,8 % | 1,5 % | 24 % |
| Pays-Bas | 54,2 % | 1,3 % | 1,6 % | 1,7 % | 24 % |
| France | 113,0 % | –0,5 % | 2,2 % | 1,5 % | 31 % |
| Italie | 146,0 % | –0,8 % | 3,2 % | 1,0 % | 29,5 % |
Sources : Eurostat 2025, FMI.
Cette comparaison met en évidence plusieurs points :
- La Belgique se situe au-dessus de l’Allemagne et des Pays-Bas en termes de dette, mais en dessous de la France et de l’Italie.
- Le déficit primaire belge reste négatif, contrairement à ses voisins du nord, ce qui limite sa capacité à stabiliser la dette sans recourir à l’emprunt.
- La Belgique dépense proportionnellement plus que l’Allemagne et les Pays-Bas pour les prestations sociales, reflet d’un modèle social généreux mais d’un défi budgétaire accentué par le vieillissement.
L’analyse économétrique historique montre que la hausse des taux d’intérêt accroît significativement la dette publique, tandis que la croissance nominale agit comme facteur stabilisateur et un solde primaire positif réduit mécaniquement la dynamique de la dette. Une simulation prospectiviste pour 2025 indique que si les taux moyens augmentent de 0,5 point supplémentaire et que le solde primaire reste déficitaire à –1 %, le ratio dette/PIB pourrait augmenter de 2 à 3 points supplémentaires par an, illustrant la vulnérabilité budgétaire actuelle.
Face à cette situation, trois leviers apparaissent pour garantir la soutenabilité de la dette :
- Amélioration du solde primaire : renforcer les recettes fiscales ou rationaliser certaines dépenses pour générer un excédent capable de compenser la charge d’intérêts.
- Soutien à la croissance économique : stimuler l’investissement dans des secteurs stratégiques comme la transition énergétique, l’innovation et les infrastructures pour accélérer le PIB nominal.
- Gestion active de la dette : allonger la maturité moyenne des emprunts et profiter de conditions favorables pour refinancer une partie de la dette.
En conclusion, la dette publique belge n’est pas hors de contrôle, mais sa soutenabilité dépend de décisions budgétaires et économiques éclairées. La remontée des taux d’intérêt, combinée à un déficit primaire structurel et à un poids élevé des dépenses sociales, représente un signal d’alerte. L’État devra combiner rigueur budgétaire, croissance et gestion prudente de la dette pour maintenir son modèle social tout en garantissant la stabilité économique.
