Elle réussit, elle gagne bien sa vie, elle ose parler de chiffres et de pouvoir sans s’en excuser. Immédiatement, le soupçon affleure : serait-elle froide ? Calculatrice ? Un peu trop sûre d’elle ? Au XXIᵉ siècle, alors même que les figures féminines s’imposent dans tous les secteurs, une femme qui fait de l’argent dérange encore. Subtilement. Poliment. Mais sûrement.
Si les procès en sorcellerie ont disparu des bûchers, ils ont migré dans les non-dits sociaux. Une femme ambitieuse reste plus facilement perçue comme une transgression que comme une évidence. Là où l’homme ambitieux incarne la norme, la femme ambitieuse, elle, s’explique, s’adoucit, se justifie. L’argent, dans l’imaginaire collectif, serait-il encore un privilège masculin ?
Longtemps, la réussite économique féminine a été marginalisée ou rendue suspecte. L’entrepreneuse devenait « dominatrice », la femme indépendante « froide », la cheffe d’entreprise « inaccessible ». Dans les discours, on applaudit les femmes qui réussissent malgré tout — sous-entendu : malgré leur genre, malgré les résistances. Mais on peine encore à applaudir celles qui réussissent tout court, sans récit de sacrifice ni mise en scène d’humilité.
L’argent n’est pas sale, sauf quand il colle aux doigts d’une femme. Ce que l’on valorise chez un homme — sa capacité à faire fortune, à négocier, à viser haut — devient parfois, chez une femme, une faute de goût ou un signe de dureté. Comme si l’argent, loin d’être un outil de liberté, devait rester un attribut viril.
Or, l’argent est un levier. Il permet de créer, d’investir, de transmettre, de refuser certaines contraintes. Pour les femmes, il est aussi un instrument d’émancipation réelle, au-delà des slogans : moins de dépendance, plus de choix, davantage de puissance tranquille. Pourquoi faudrait-il s’en excuser ?
Le soupçon porté sur l’ambition féminine dit en creux notre inconfort face à une nouvelle figure : celle de la femme qui ne demande pas la permission. Celle qui gagne, qui décide, qui possède — et qui le dit. Non pour provoquer, mais parce que c’est un fait. Ce n’est pas une sorcière, c’est une contemporaine.
Et s’il fallait brûler quelque chose, ce ne serait plus les femmes, mais le vieux récit selon lequel le pouvoir, l’argent et la légitimité sont naturellement masculins. L’ambition féminine n’est pas un excès : elle est, enfin, une réécriture du réel.
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