C’est un séisme libéral dont l’épicentre bat au rythme d’une tronçonneuse devenue symbole de campagne. Fidèle à sa promesse de « dynamiter » l’État, Javier Milei a franchi un nouveau cap : l’Argentine vient de supprimer l’ensemble de ses agences chargées des routes et de la sécurité routière, dans le sillage d’un plan plus large de réduction drastique de la fonction publique.
Au total, ce sont plus de 50 000 emplois publics qui ont été supprimés en quelques mois. Un chiffre brut, sec, brutal — mais assumé. Selon le gouvernement libertarien, cette purge permettrait une économie de deux milliards de dollars par an, dans un pays étranglé par l’hyperinflation, la dette et une défiance chronique envers ses institutions.
« L’État est une machine à détruire », avait lancé le président argentin à Davos en janvier, dans un discours qui avait fait le tour du monde. La formule n’était pas rhétorique, elle devient méthode. En sabrant les agences dédiées aux infrastructures routières, Milei cible un domaine hautement symbolique : celui des travaux publics, longtemps perçus comme un terreau de corruption, de clientélisme et d’inefficacité.
L’État, ennemi intérieur
La logique de Milei est claire : il ne s’agit pas simplement de réduire les dépenses, mais de changer de paradigme. En s’appuyant sur une philosophie libertarienne radicale, le président entend transférer au secteur privé des responsabilités jadis dévolues à l’administration — quitte à laisser un vide institutionnel, au moins temporaire.
Critiquée par les syndicats, contestée par une partie de l’opinion, cette cure d’austérité n’en séduit pas moins une frange de la population lasse de l’impôt omniprésent et de la gabegie bureaucratique. Dans les cafés bohèmes de Palermo ou les amphithéâtres de l’université de Buenos Aires, les débats se tendent : faut-il applaudir l’audace d’un président hors normes, ou s’inquiéter d’un appauvrissement de l’État social, au risque du chaos ?
Un pari à hauts risques
Derrière les chiffres, une réalité plus incertaine émerge. La suppression des agences routières soulève déjà des questions concrètes : qui assurera l’entretien du réseau, la sécurité des automobilistes, la régulation des transports ? Pour Milei, le marché tranchera. Pour ses détracteurs, c’est un saut dans le vide.
Ce que l’on observe, en tout cas, c’est un tournant idéologique rare en Amérique latine : un président qui ne gouverne pas pour « réparer l’État », mais pour en réduire la portée à son strict minimum. À rebours des logiques keynésiennes qui dominent encore sur une partie du continent, Javier Milei incarne une rupture – radicale, périlleuse, peut-être historique.
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