La pandémie de COVID-19 a provoqué une contraction économique sans précédent en Belgique, avec un recul du PIB de 5,4 % en 2020 et un pic de chômage temporaire à 6,2 %. Pour limiter l’impact social et économique, le gouvernement fédéral et les Régions ont adopté une série de mesures de relance combinant soutien aux entreprises, protection de l’emploi et investissements publics. Ces plans ont été en partie financés par le cadre budgétaire européen et le plan de relance européen (Next Generation EU).
1. Montant et composition des plans de relance
La Belgique a mobilisé environ 12,5 % de son PIB sous forme de mesures fiscales et d’investissement entre 2020 et 2023. Le tableau ci-dessous résume les principaux instruments :
| Mesure | Montant (€ milliards) | Part du total (%) | Objectif principal |
|---|---|---|---|
| Chômage temporaire et aides aux travailleurs | 14,5 | 35 | Maintenir l’emploi |
| Soutien aux PME et secteurs critiques | 9,8 | 24 | Préserver la solvabilité |
| Investissements verts et numériques | 6,2 | 15 | Stimuler la transition durable |
| Allègements fiscaux et crédits d’impôt | 5,5 | 13 | Soutenir la consommation et l’investissement |
| Prêts garantis et recapitalisations | 5,0 | 12 | Stabiliser le système bancaire et les entreprises |
Source : SPF Finances, 2023 ; European Commission, 2023
Le poids relatif des mesures sociales et de soutien direct aux entreprises reflète la priorité donnée à la protection de l’emploi et à la résilience du tissu productif. Les investissements dans la transition énergétique et numérique représentent une part moindre mais stratégique pour la croissance future.
2. Impact macroéconomique à court terme
Le PIB belge a rebondi de +6,0 % en 2021 grâce aux plans de relance combinés au retour de la consommation. Le tableau suivant montre l’effet estimé de ces mesures sur les principaux indicateurs économiques :
| Indicateur | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | Impact estimé du plan de relance |
|---|---|---|---|---|---|
| PIB (% variation annuelle) | 1,5 | -5,4 | 6,0 | 3,0 | +2,2 points en 2021 |
| Taux de chômage (%) | 5,4 | 6,2 | 5,8 | 5,5 | -0,6 point en 2021 |
| Investissement privé (% du PIB) | 20,1 | 17,5 | 19,8 | 20,3 | +1,5 point en 2021 |
| Consommation des ménages (% du PIB) | 53,0 | 49,2 | 52,5 | 52,8 | +1,8 point en 2021 |
Source : Banque nationale de Belgique, IMF Fiscal Monitor 2023
L’effet le plus visible a été sur la consommation des ménages et l’investissement des entreprises. Les mesures de soutien à l’emploi (chômage temporaire et subsides) ont limité la hausse du chômage, ce qui a soutenu le pouvoir d’achat. Les crédits d’impôt et allègements fiscaux ont stimulé les investissements privés, mais avec un effet différé, principalement observable en 2022.
3. Impact sectoriel
Certaines industries ont bénéficié davantage que d’autres, en particulier :
| Secteur | Variation de l’activité 2020-2022 (%) | Mesures de relance associées |
|---|---|---|
| Industrie manufacturière | -3,5 → +5,0 | Prêts garantis, crédits d’investissement |
| Construction | -7,2 → +6,8 | Investissements publics, soutien aux PME |
| Services (tourisme, HORECA) | -25,0 → +10,5 | Subventions directes, chômage temporaire |
| Technologies et énergies vertes | +1,2 → +8,0 | Investissements NGEU, subventions vertes |
Source : SPF Economie, 2023 ; European Commission 2023
Les secteurs les plus exposés à la crise sanitaire ont connu un rebond rapide grâce aux aides directes. Les investissements verts et numériques ont favorisé la croissance dans les secteurs de haute technologie, préparant la Belgique à une reprise plus structurée.
4. Effets sur les finances publiques
Le déficit public belge a fortement augmenté en 2020-2021 pour financer ces mesures :
| Année | Déficit public (% du PIB) | Dette publique (% du PIB) |
|---|---|---|
| 2019 | -1,1 | 99,0 |
| 2020 | -9,4 | 115,0 |
| 2021 | -7,8 | 116,5 |
| 2022 | -5,5 | 113,0 |
| 2023 | -4,0 | 111,5 |
Source : SPF Finances, 2023
L’augmentation temporaire du déficit a été jugée nécessaire pour éviter une crise sociale et économique plus profonde. La dette publique a atteint un pic en 2021 mais montre une stabilisation grâce à la reprise économique et aux mesures de consolidation post-relance.
5. Limites et défis
Malgré ces succès, plusieurs défis persistent :
- Effets différenciés selon les secteurs et entreprises : certaines PME restent fragilisées malgré les aides.
- Inflation et coûts de financement : le rebond de la demande combiné aux contraintes d’offre mondiale a alimenté une hausse des prix, réduisant le pouvoir d’achat.
- Dépendance aux financements européens : la Belgique a mobilisé largement le plan NGEU, ce qui pourrait limiter l’autonomie budgétaire future.
- Transition verte et numérique : les investissements publics doivent être maintenus pour consolider la croissance durable.
6. Conclusion
Les plans de relance post-pandémie ont permis :
- De limiter l’effondrement économique en 2020,
- De protéger l’emploi et le pouvoir d’achat,
- De stimuler l’investissement privé et la consommation,
- De préparer des transitions structurelles dans les secteurs stratégiques.
Cependant, les effets sont hétérogènes et nécessitent un suivi attentif des finances publiques et des politiques sectorielles. La Belgique illustre ainsi le rôle crucial d’une relance combinant mesures sociales, fiscales et d’investissement ciblées pour amortir un choc majeur.
