Chaque matin, les avocats de Nicolas Sarkozy pénètrent dans la maison d’arrêt de la Santé avec la régularité d’un rituel. Ce n’est plus seulement une visite juridique : c’est une respiration nécessaire, une parenthèse dans le temps carcéral du plus célèbre pensionnaire de la prison parisienne. Car dans sa cellule de douze mètres carrés, l’ancien président reçoit chaque jour plus d’une centaine de lettres. Une marée de mots, de soutiens et d’indignations, venue de France et d’ailleurs, qui s’entassent dans des sacs de toile blanche avant d’être exfiltrées par ses défenseurs.
Le 21 octobre, jour de son incarcération, une cinquantaine de courriers l’attendaient déjà. Depuis, le flot n’a cessé de croître. « C’est devenu ingérable », confie un agent pénitentiaire. Pour des raisons de sécurité — mais aussi d’espace —, l’administration ne peut plus tout transmettre au détenu. Le vaguemestre procède à une lecture rapide, comme l’exige le Code pénitentiaire : on vérifie qu’aucune missive ne dissimule une menace, un renseignement, ou un appel à la sédition. Le reste part dans les sacs confiés à ses avocats, Christophe Ingrain et Jean-Michel Darrois, qui quittent chaque jour la Santé chargés de ce courrier devenu symbole.
Rue Miromesnil, l’équipe de l’ancien chef de l’État — un petit cercle de fidèles, souvent bénévoles — trie et répond. Les lettres affluent aussi de son domicile, des anciens collaborateurs, des anonymes. Les mots de soutien s’y mêlent à la colère, parfois à la ferveur. Beaucoup écrivent pour dire qu’ils ne comprennent pas, qu’ils refusent de croire à la chute d’un homme qu’ils avaient élu.
Dans cette avalanche de papier, il y a quelque chose d’un roman national. La République épistolaire d’un pays qui écrit encore à ceux qu’il juge injustement traités. Une France qui, par-delà les opinions, voit dans le destin de Nicolas Sarkozy moins une affaire judiciaire qu’une page d’histoire politique, un miroir de ses propres fractures.
Entre les murs gris de la Santé, un président déchu lit, relit, répond parfois. Dans la cellule d’un homme autrefois habitué aux ors de l’Élysée, le courrier est devenu lien, refuge et preuve d’existence. Peut-être même, pour un instant, un substitut de la nation.
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