Depuis plus de quinze ans, la Belgique a multiplié les réformes fiscales. Baisse de l’impôt des sociétés, tax shift, réformes de l’impôt sur le travail, ajustements de la fiscalité du capital : rares sont les gouvernements qui n’ont pas revendiqué une modernisation du système fiscal. Pourtant, les indicateurs macroéconomiques clés tels que la croissance, l’emploi, la productivité, montrent peu d’amélioration structurelle. Ce décalage alimente une question récurrente : pourquoi les réformes fiscales belges produisent-elles si peu d’impact macroéconomique mesurable ?
Une pression fiscale toujours parmi les plus élevées d’Europe
Malgré les réformes successives, la Belgique demeure l’un des pays à plus forte pression fiscale.
Pression fiscale totale (% du PIB, 2024)
| Pays | Pression fiscale |
|---|---|
| Belgique | 44,5 |
| France | 45,4 |
| Allemagne | 41,0 |
| Pays-Bas | 39,5 |
| Moyenne OCDE | 34,0 |
Source : OCDE, Revenue Statistics 2024
Les baisses ciblées ont souvent été compensées par d’autres hausses ou par une base fiscale élargie, ce qui limite l’effet net sur l’économie.
Le tax shift : une réforme au rendement macroéconomique limité
L’une des réformes les plus emblématiques fut le tax shift lancé à partir de 2016, visant à réduire la taxation du travail tout en augmentant la fiscalité indirecte.
Coin fiscal sur le travail (% du coût salarial, 2024)
| Pays | Coin fiscal |
|---|---|
| Belgique | 52,7 |
| Allemagne | 49,8 |
| France | 47,0 |
| Pays-Bas | 37,5 |
| Moyenne OCDE | 34,6 |
Source : OCDE, Taxing Wages 2024
Malgré les réformes, la Belgique conserve le coin fiscal le plus élevé de l’OCDE. L’effet incitatif sur l’emploi et l’offre de travail est donc resté limité.
L’impôt des sociétés : un signal positif, mais partiellement neutralisé
La réforme de l’impôt des sociétés (ISOC), abaissant le taux nominal de 33,99 % à 25 %, a amélioré l’attractivité formelle du pays.
Taux nominal de l’impôt des sociétés (%)
| Pays | 2015 | 2025 |
|---|---|---|
| Belgique | 34,0 | 25,0 |
| France | 33,3 | 25,0 |
| Allemagne | 29,8 | 29,8 |
| Pays-Bas | 25,0 | 25,8 |
Sources : Commission européenne, OCDE
Cependant, l’impact sur l’investissement privé est resté modéré, notamment en raison :
- de la complexité du système fiscal,
- de la réduction parallèle de certaines déductions,
- et d’une incertitude réglementaire persistante.
Une fiscalité du capital et de la consommation peu favorable à la croissance
Contrairement aux recommandations de l’OCDE, la Belgique taxe relativement peu les bases les moins distorsives (consommation, patrimoine immobilier récurrent) et fortement le travail.
Structure des recettes fiscales (% du total, 2024)
| Type de taxe | Belgique | Moyenne OCDE |
|---|---|---|
| Travail | 49 % | 36 % |
| Consommation | 21 % | 33 % |
| Capital | 30 % | 31 % |
Source : OCDE, Tax Policy Reforms 2024
Cette structure réduit l’impact macroéconomique des réformes, car les allègements sur le travail restent insuffisants pour modifier durablement les comportements.
Fragmentation institutionnelle et dilution des effets
Un facteur souvent sous-estimé est la fragmentation institutionnelle belge. La fiscalité est partagée entre niveaux fédéral et régional, ce qui :
- complexifie la lisibilité des réformes,
- multiplie les dispositifs ciblés,
- dilue les effets macroéconomiques globaux.
Les ménages et entreprises perçoivent les réformes comme temporaires ou compensées ailleurs, limitant leur effet sur la consommation et l’investissement.
Pourquoi l’impact macroéconomique reste faible
Trois raisons principales expliquent ce paradoxe :
- Réformes trop graduelles : les changements sont marginaux et étalés dans le temps.
- Compensations budgétaires : les baisses d’impôts sont neutralisées par d’autres hausses.
- Contraintes structurelles : faible croissance potentielle, rigidités du marché du travail et dette publique élevée.
Dans ce contexte, la fiscalité agit davantage comme un outil de redistribution que comme un levier de croissance.
Conclusion
Les réformes fiscales belges n’ont pas échoué, mais leur ambition macroéconomique est restée limitée. Elles ont permis d’éviter une détérioration de la compétitivité, sans toutefois enclencher un cercle vertueux de croissance et d’emploi.
Pour produire un véritable impact macroéconomique, une réforme fiscale en Belgique devrait être plus lisible, plus concentrée sur la réduction du coût du travail et mieux articulée avec les réformes du marché du travail et de la dépense publique. Sans cela, la fiscalité continuera d’évoluer… sans transformer l’économie.
