La Belgique figure parmi les pays européens où la dépense publique est la plus élevée. En 2025, elle représente environ 55 % du PIB, un niveau nettement supérieur à la moyenne de la zone euro. Mais une question essentielle dépasse désormais le débat sur le niveau des dépenses : la Belgique dépense-t-elle efficacement ? Les indicateurs internationaux permettent aujourd’hui d’apporter des éléments de réponse chiffrés et comparables.
Une dépense publique élevée dans le paysage européen
Avant d’analyser l’efficacité, il convient de rappeler l’ampleur de l’effort public. La Belgique consacre une part de son PIB à la dépense publique comparable à celle de la France, mais bien supérieure à celle de l’Allemagne ou des Pays-Bas.
Dépenses publiques totales (% du PIB, 2025)
| Pays | Dépenses publiques (% PIB) |
|---|---|
| Belgique | 55,0 |
| France | 57,3 |
| Allemagne | 50,2 |
| Pays-Bas | 48,5 |
| Italie | 54,1 |
| UE-27 | 49,5 |
Source : Eurostat, 2025
Ce positionnement soulève naturellement la question du rendement socio-économique de cette dépense.
Gouvernance et efficacité institutionnelle : des résultats mitigés
Un premier indicateur clé est l’efficacité du gouvernement, mesurée par la Banque mondiale dans les Worldwide Governance Indicators. Cet indicateur évalue la qualité des services publics, la compétence de l’administration et la crédibilité des politiques publiques.
Indicateur d’efficacité du gouvernement (score percentile, 2024)
| Pays | Score |
|---|---|
| Pays-Bas | 95 |
| Allemagne | 93 |
| Belgique | 85 |
| France | 83 |
| Italie | 63 |
Source : Banque mondiale (WGI, 2024)
La Belgique affiche un score élevé, supérieur à la moyenne européenne, mais inférieur à celui des pays nordiques et des Pays-Bas. Cela suggère que, malgré une administration performante, il existe une marge d’amélioration dans la coordination et l’efficience de l’action publique.
Dépenses sociales : efficacité redistributive élevée
L’un des domaines où l’efficacité de la dépense belge est la plus visible est la redistribution. Grâce à un système de transferts sociaux étendu, la Belgique parvient à réduire significativement les inégalités et la pauvreté.
Réduction du taux de pauvreté par les transferts sociaux (2024)
| Pays | Taux avant transferts | Taux après transferts |
|---|---|---|
| Belgique | 23,5 % | 14,0 % |
| France | 24,8 % | 14,6 % |
| Allemagne | 25,1 % | 16,7 % |
| Pays-Bas | 21,0 % | 13,1 % |
Source : Eurostat, EU-SILC
Ces chiffres montrent que la Belgique transforme efficacement la dépense sociale en résultats concrets, ce qui plaide en faveur de la qualité redistributive de ses politiques publiques.
Santé et éducation : des résultats solides, mais coûteux
Dans la santé, la Belgique obtient de bons résultats en matière d’accès aux soins et d’espérance de vie (81,8 ans en 2024), pour une dépense représentant 8,2 % du PIB. Ce ratio est comparable à celui de pays affichant des performances sanitaires similaires, mais il reste supérieur à la moyenne européenne.
En éducation, les dépenses publiques atteignent 5,9 % du PIB, un niveau élevé, mais les résultats des enquêtes PISA montrent des performances dans la moyenne de l’OCDE, avec de fortes disparités régionales. Cela suggère que l’efficience marginale de la dépense éducative pourrait être améliorée.
L’angle mort : la fragmentation institutionnelle
L’un des principaux facteurs expliquant les écarts d’efficacité est la complexité institutionnelle belge. La répartition des compétences entre niveaux fédéral, régional et communautaire engendre :
- des coûts administratifs supplémentaires,
- des chevauchements de politiques publiques,
- une dilution des responsabilités.
Plusieurs rapports de l’OCDE soulignent que cette fragmentation réduit le rendement global de la dépense publique, indépendamment de son niveau.
Efficacité globale : un bon rendement, mais pas optimal
Si l’on met en relation le niveau de dépense publique et les indicateurs de résultats (pauvreté, santé, gouvernance), la Belgique apparaît comme un pays efficace mais coûteux. Elle obtient de bons résultats, mais au prix d’un effort budgétaire supérieur à celui de pays comparables.
Autrement dit, la question n’est pas de savoir si la dépense publique belge fonctionne, mais si elle pourrait fonctionner aussi bien avec moins de ressources.
Conclusion
Les indicateurs internationaux dressent un constat nuancé : la dépense publique belge est globalement efficace, en particulier dans le domaine social, mais son rendement marginal semble décroissant. Dans un contexte de dette publique élevée et de remontée des taux d’intérêt, l’enjeu n’est plus d’augmenter la dépense, mais d’en améliorer l’efficience.
Pour la Belgique, l’avenir des finances publiques ne se jouera pas tant sur des coupes budgétaires brutales que sur une réforme de la gouvernance, une meilleure coordination institutionnelle et une allocation plus ciblée des ressources publiques.
