Depuis fin juin 2025, une crise diplomatique inédite oppose la Russie et l’Azerbaïdjan — deux ex-républiques soviétiques traditionnellement alliées. Le déclencheur : une opération policière musclée à Iekaterinbourg le 27 juin, visant des citoyens azerbaïdjanais et d’origine azerbaïdjanaise. Environ 50 arrestations, et deux frères, Ziyaddin et Huseyn Safarov, ont succombé à leurs blessures en détention.
🇦🇿 Baku riposte, et fort
Face à ce qu’elle qualifie de morts “ethniquement ciblées”, l’Azerbaïdjan impose immédiatement des sanctions diplomatiques et culturelles :
- Annulation de tous les événements russes (concerts, festivals)
- Fermeture du bureau de Sputnik à Bakou et arrestation de ses responsables
- Arrestation de ressortissants russes, dont plusieurs présentaient des marques de violences
Contexte plus large
Ce conflit s’inscrit dans une tendance lourde :
- Crash du vol AZAL 8243 en décembre 2024, vraisemblablement abattu par un missile russe — Baku exige des excuses officielles
- Recul de l’influence russe dans la région après son inaction durant la guerre du Haut‑Karabakh en 2023
- Orientation stratégique de l’Azerbaïdjan vers la Turquie et Israël, au détriment de Moscou
L’enjeu géopolitique
La rupture entre Russie et Azerbaïdjan illustre un élément clé : Moscou perd son contrôle sur l’espace post-soviétique. Les réactions de Bakou, bien que fermes, visent à rétablir un rapport équilibré, malgré des liens économiques et militaires persistants
L’après-crise
Des appels russes demandent un retour à “la coopération stratégique” , mais les blessures diplomatiques sont profondes. Baku suspend ses visites officielles, ferme les espaces de rayonnement russe, et la confiance est gravement atteinte. Le plus surprenant ? Cette confrontation se déroule sans escalade militaire, dans un cadre purement politique et judiciaire.
Pourquoi l’Azerbaïdjan collabore avec Israël – et pourquoi c’est stratégique, pas idéologique
Certains s’indignent ou s’étonnent de voir l’Azerbaïdjan, pays à majorité musulmane et proche allié de la Turquie, entretenir d’étroites relations avec Israël. Pourtant, il faut sortir des clichés religieux et comprendre les réalités géopolitiques et sécuritaires. Cette coopération repose sur trois piliers stratégiques :
- La technologie militaire : Israël fournit à Bakou des drones, du renseignement et des systèmes d’armement de pointe, indispensables dans ses conflits régionaux, notamment contre l’Arménie.
- L’énergie et la logistique : l’Azerbaïdjan est un maillon clé dans l’approvisionnement énergétique d’Israël via ses oléoducs et son positionnement dans le Caucase et la mer Caspienne.
- L’Iran en toile de fond : les deux pays partagent une méfiance commune envers Téhéran, qui soutient l’Arménie et critique régulièrement l’Azerbaïdjan. Ce partenariat devient donc un outil de dissuasion et de défense mutuelle.
La Turquie, loin de s’y opposer, tolère cette alliance car elle sert indirectement ses propres intérêts dans la région. Alors, avant de crier à la trahison ou à l’hypocrisie, mieux vaut comprendre les enjeux. La politique étrangère ne se fait pas au nom de l’émotion, mais au nom de la survie nationale.
En résumé
- Déclencheur : arrestations et décès de civils azéris en Russie
- Riposte : sanctions diplomatiques et policières hostiles, retour de bâton sur la présence russe
- Signification : le Sud-Caucase bascule, rompant avec l’ancienne dépendance à Moscou — Baku trace une voie plus autonome
Pour aller plus loin
Plongez dans L’Origine et la Renaissance des peuples turcs — un ouvrage incontournable pour comprendre les racines historiques, culturelles et géopolitiques de cette crise. Une lecture essentielle pour tous ceux qui veulent saisir les dynamiques actuelles du monde turcique.