L’école serait-elle un champ de bataille où les règles ne sont pas les mêmes selon le genre ? Depuis quelques années, la question agite pédagogues, parents et sociologues. On célèbre la réussite scolaire des filles, souvent en tête des classements, plus disciplinées, plus appliquées, plus “scolaires”, dit-on. À l’inverse, on s’inquiète du décrochage masculin, du désintérêt des garçons pour l’école, de leur surreprésentation dans les filières courtes ou les exclusions temporaires. Pourtant, derrière ces statistiques binaires se cache une réalité bien plus subtile, où la norme scolaire elle-même semble exiger des uns ce qu’elle tolère des autres.
Des filles brillantes, mais à quel prix ?
Oui, les filles réussissent. Elles lisent plus tôt, écrivent avec plus d’aisance, décrochent davantage de mentions au baccalauréat. Mais cette réussite a un revers : une pression silencieuse à la perfection, à l’effacement, à la docilité. « L’école aime les élèves calmes, organisés, qui ne débordent pas. Or, ce sont souvent des qualités socialement encouragées chez les filles », note la sociologue Marie Duru-Bellat. Dès lors, l’école favorise-t-elle les filles ? Ou les pousse-t-elle à se conformer à un modèle de bonne élève qui bride leur audace, leur créativité, leur confiance ?
Des garçons en difficulté, ou en résistance ?
Les garçons, eux, apparaissent comme les “perdants” du système scolaire : plus souvent en difficulté de lecture, plus susceptibles d’être punis ou exclus. Mais faut-il y voir une inégalité ou une forme de résistance aux normes imposées ? À force de considérer l’agitation masculine comme un trouble à corriger, on oublie que l’école actuelle valorise certaines formes d’intelligence au détriment d’autres. Moins de sport, moins de filières manuelles, moins de valorisation du débat ou de la confrontation : l’institution scolaire, dans sa forme actuelle, semble conçue pour faire taire, pas pour canaliser.
Une école qui n’est ni neutre ni égalitaire
Sous ses airs républicains et méritocratiques, l’école reproduit en réalité des normes genrées subtiles. Aux filles, la conformité discrète ; aux garçons, la transgression punie. L’un et l’autre paient un prix : les filles réussissent sans oser, les garçons osent sans réussir. Et les enseignants, eux, pris dans cette dynamique, adaptent leurs attentes inconsciemment. Une fille “bruyante” sera jugée plus sévèrement qu’un garçon turbulent. Un garçon trop studieux pourra être moqué, perçu comme déviant du modèle viril dominant.
Vers une école plus juste, ou plus fluide ?
La vraie question n’est peut-être pas de savoir si l’école est plus dure avec les filles ou avec les garçons, mais si elle est capable de s’adapter à la diversité des trajectoires. Une école qui valoriserait autant la parole que l’écoute, la créativité que la rigueur, l’oral que l’écrit. Une école où l’on cesserait de confondre conformité avec réussite. Car à force de vouloir des filles sages et des garçons dociles, on oublie de former des êtres libres.
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