La question, à première vue, paraît presque anachronique : François Bayrou, vieux sage centriste, figure tutélaire du consensus, pourrait-il être soupçonné de mener une politique de classe, au détriment des plus modestes ? Le terme rappelle davantage la rhétorique marxiste que le vocabulaire policé du Modem. Pourtant, l’interrogation revient, signe que la défiance envers le politique s’accentue.
Car le centrisme à la française, que Bayrou incarne jusqu’à la caricature, n’est pas neutre. Derrière le discours d’équilibre, d’« au-dessus des partis », se cache souvent un arbitrage qui penche vers la préservation des équilibres budgétaires, au détriment de la redistribution. Autrement dit : une politique qui rassure les classes moyennes supérieures, mais laisse les plus fragiles sur le bord du chemin.
C’est là tout l’art, et la limite, du centrisme bayrouiste : se présenter comme le défenseur du bien commun, tout en cultivant une prudence telle que les mesures sociales ambitieuses sont sans cesse différées. Une politique de classe, certes, mais de classe feutrée, élégante, qui se drape dans les habits de la raison.
La véritable injustice n’est donc pas spectaculaire, elle est silencieuse : l’absence de réformes courageuses en faveur des plus pauvres. Dans ce sens, oui, Bayrou pratique une politique de classe – mais une politique qui préfère le statu quo à la rupture, l’harmonie apparente à l’égalité réelle
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