Les lunettes noires s’éclipsent, mais l’ombre reste immense. Anna Wintour, figure mythique de la mode internationale, ne sera plus la rédactrice en chef de Vogue US. L’icône froide, aussi impénétrable qu’un tailoring signé Phoebe Philo, quitte enfin son trône après plus de trois décennies à façonner l’esthétique, les carrières et l’imaginaire global de la mode.
Hasard du calendrier ou chorégraphie parfaitement orchestrée ? L’annonce de son retrait coïncide avec celle, très attendue, du Diable s’habille en Prada 2. Comme une boucle scénaristique : le monde de la mode retrouve Miranda Priestly, avatar fictionnel — et à peine voilé — d’Anna Wintour. Un clin d’œil hollywoodien au moment même où la réalité vire de page.
Une main de fer dans un gant Chanel
Arrivée à la tête du Vogue américain en 1988, Wintour n’a pas seulement survécu aux tempêtes culturelles : elle les a anticipées, domptées, éditorialisées. Elle a fait de Vogue un empire d’image, de goût et d’influence. Elle a érigé la mode au rang de pouvoir — parfois politique, souvent économique, toujours symbolique. Sa silhouette raide et ses silences millimétrés sont devenus l’emblème d’un autoritarisme chic.
Mais les temps ont changé. Le papier s’est digitalisé, l’exclusivité s’est dissoute dans l’instantanéité des réseaux sociaux. Et si Wintour a longtemps tenu bon, conciliant diversité, engagement social et vision commerciale, l’héritage semble aujourd’hui devoir passer la main à une nouvelle ère — plus fluide, plus inclusive, plus stratégique.
Qui pour lui succéder ?
La question est sur toutes les lèvres : qui remplacera la prêtresse du style new-yorkais ? Un·e jeune talent émergent venu du digital ? Un poids lourd de la mode repenti·e en éditorialiste ? Un profil marketing désigné par les hautes sphères de Condé Nast ? Pour l’instant, seul Dieu le sait, comme ironisent certains rédacteurs… Et les investisseurs, ajoutent les plus lucides.
Car Vogue n’est plus seulement un magazine, c’est un produit de luxe sous licence, un média-brand à l’influence planétaire, une plateforme commerciale habillée de culture. Le choix du ou de la successeur·e devra autant séduire la mode que les marchés. Il ou elle devra parler aux Gen Z tout en rassurant les acheteurs de Balenciaga. Un exercice d’équilibriste.
Fin d’un règne, ou début d’un mythe ?
Avec ce départ, une époque se referme. Celle où les rédactrices en chef étaient des figures quasi-royales, arbitres du bon goût global. Dans un monde où l’influence se fragmente, la succession d’Anna Wintour posera une question brûlante : la mode peut-elle encore avoir une reine ?
En attendant, Hollywood s’en empare à sa manière, avec Le Diable s’habille en Prada 2, attendu pour décembre. Une satire, sans doute. Une révérence, peut-être. Une revanche, sûrement pas. Car Anna Wintour, en partant, ne disparaît pas : elle entre dans le mythe.
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