La société civile dans le Nouvel Ouzbékistan : les résultats des réformes présentés à la Conférence de Varsovie sur la dimension humaine
Varsovie. Le Centre d’analyse des processus démocratiques a organisé un événement parallèle intitulé « Le développement de la société civile dans le Nouvel Ouzbékistan : résultats des réformes » en marge de la Conférence de Varsovie sur la dimension humaine. Le thème central était « Les réformes visant à renforcer le rôle des institutions de la société civile dans la vie de l’État et de la société : résultats et perspectives ». Des responsables publics, des représentants de la société civile, des partenaires européens et des universitaires y ont participé.
Les intervenants étaient :
- Feruza Eshmatova, Ombudsman (Défenseure des droits humains) de la République d’Ouzbékistan ;
- Jasur Dusmuratov, représentant du Centre d’analyse des processus démocratiques ;
- Serik Murataev, directeur de l’organisation non gouvernementale à but non lucratif Barqaror Hayot (« Vie durable ») ;
- N. Neumann, président de KUNA e.V. ;
- le professeur Wojciech Nowak, politologue.
Transformations démocratiques
Dans son allocution d’ouverture, le Centre d’analyse des processus démocratiques a remercié les participants de leur présence et de leur intérêt pour les transformations démocratiques en cours en Ouzbékistan. Il a rappelé que le développement de la société civile, la protection des droits et libertés, le renforcement des institutions démocratiques et l’élargissement de la participation citoyenne restent des priorités des politiques publiques dans de nombreux pays. Dans ce contexte, l’échange d’expériences nationales, de bonnes pratiques et d’évaluations d’experts revêt une importance particulière.
Les organisateurs voulaient présenter les résultats de ces transformations et examiner le rôle des ONG, de l’institution de la mahalla, des jeunes, des mouvements de volontariat et des autres acteurs de la société civile. Ils ont exprimé l’espoir que la rencontre serve de « plateforme précieuse pour un dialogue ouvert et constructif ».
The new Uzbekistan
Selon les organisateurs, l’Ouzbékistan a mené ces dernières années des réformes globales et systémiques guidées par le principe « Pour l’être humain et pour son bonheur ». Ces réformes visent trois objectifs :
- associer activement la société aux processus de transformation ;
- appliquer le principe « L’État au service du peuple » ;
- élargir la participation des citoyens à la gestion des affaires publiques et de l’État.
Les réformes portent en priorité sur le renforcement du cadre juridique des institutions de la société civile, l’amélioration des mécanismes de soutien de l’État et le développement d’une coopération efficace avec les pouvoirs publics.
Le pays compte aujourd’hui :
- 9 627 organisations non gouvernementales ;
- 8 992 organes d’autogestion citoyenne ;
- 2 490 médias.
Ce secteur emploie plus de 150 000 personnes. Selon les intervenants, ces chiffres montrent que les institutions de la société civile jouent un rôle croissant dans la vie publique et politique, mais aussi dans l’emploi et le développement socio-économique.
I. Les ONG
L’Ouzbékistan applique des mesures systématiques pour soutenir les ONG à but non lucratif, que les intervenants ont présentées comme l’une des institutions les plus importantes de la société civile. Ces mesures visent aussi à développer le dialogue social et à renforcer le contrôle public. Le nombre d’ONG augmente régulièrement depuis 1991.
Le nombre de personnes employées dans les ONG est passé de 44 000 en 2021 à 70 000 en 2025, soit une hausse de près de 60 %. Les intervenants y voient un renforcement significatif de la capacité institutionnelle du secteur non gouvernemental et un élargissement de son champ d’action.
Les ONG prennent part activement :
- aux processus législatifs ;
- aux débats sur les programmes et stratégies de l’État ;
- à la représentation des intérêts de différents groupes sociaux et publics cibles.
Le nombre de propositions d’amélioration de la législation soumises par les ONG a quintuplé, passant de 1 000 en 2021 à 5 000 en 2025. D’après les intervenants, ces propositions rendent la prise de décision plus ouverte et plus inclusive. Elles aident aussi les politiques publiques à mieux prendre en compte les besoins réels de la population et améliorent l’application des lois au niveau local.
II. Médias : ouverture de l’espace informationnel et liberté d’expression
Les intervenants ont présenté l’amélioration du travail des médias, l’ouverture de l’espace informationnel et le renforcement de la liberté d’expression comme une autre dimension essentielle des réformes. Au cours des dix dernières années, le pays a mené des réformes pour :
- renforcer le cadre juridique et institutionnel des médias ;
- rendre les pouvoirs publics plus transparents ;
- élargir l’accès des journalistes à l’information ;
- soutenir les médias indépendants.
L’Ouzbékistan compte aujourd’hui 1 655 médias indépendants. Les blogs et le journalisme citoyen se développent aussi rapidement : entre 2016 et 2025, le nombre de blogueurs est passé de 50 à 2 000, soit une multiplication par 40.
Selon les intervenants, cette évolution permet de mieux couvrir l’action des autorités et de débattre ouvertement des problèmes et des insuffisances. Elle favorise aussi des réponses plus rapides aux demandes des citoyens et une meilleure prise en compte de l’opinion publique dans les décisions.
Pour former des spécialistes qualifiés, l’Université de journalisme et de communication de masse d’Ouzbékistan accueille chaque année environ 500 étudiants, encadrés par plus de 200 professeurs et enseignants.
III. La mahalla
La mahalla, institution de quartier traditionnelle, a été présentée comme « l’une des institutions de la société civile les plus proches de la population ». Elle a connu des changements importants. Les 8 992 mahallas du pays jouent un rôle clé pour :
- repérer et résoudre les problèmes quotidiens des habitants ;
- faire parvenir l’aide sociale à ceux qui en ont besoin ;
- soutenir les initiatives citoyennes ;
- mettre en œuvre les programmes de l’État directement au niveau local.
De nouveaux mécanismes de travail organisés « par mahalla », « par foyer » et « par citoyen » ont rapproché l’administration de la population. Chaque quartier dispose désormais d’un « septuor de la mahalla », une équipe de sept représentants aux missions et compétences clairement définies. Ce dispositif permet de traiter les problèmes des citoyens de manière globale et ciblée.
Le soutien financier augmente lui aussi : le budget de l’Association des mahallas d’Ouzbékistan est passé de 76,7 millions USD en 2025 à 85,8 millions USD en 2026.
Le budget participatif permet aux citoyens de décider directement de l’affectation d’une partie des fonds publics. Lors des deux sessions organisées en 2026, ils ont exprimé plus de 20,4 millions de votes. Environ 534 millions USD ont été alloués aux projets lauréats, qui répondent à des problèmes concrets dans les régions. Selon les intervenants, ces chiffres montrent une participation forte et durable de la population et un financement en hausse pour les initiatives d’intérêt public.
IV. Un système de soutien public en expansion
L’Ouzbékistan a créé un système de soutien public aux institutions de la société civile et l’élargit progressivement. Le Fonds public auprès de l’Oliy Majlis (Parlement) en est un exemple : ses ressources sont passées de 7 millions USD en 2022 à 122 millions USD en 2026, soit une multiplication par 17,5 environ.
Entre 2017 et 2025, les subventions publiques ont financé 3 067 projets pour un total de 13,9 millions USD. Ces projets ont bénéficié à 4,2 millions de citoyens. Plus de 25 000 personnes ont reçu un soutien social, juridique, médical ou psychologique, et plus de 100 000 citoyens ont renforcé leurs compétences professionnelles.
D’autres financements ont également été cités :
- les fonds alloués à 163 contrats sociaux commandés par les pouvoirs publics ;
- 467 000 USD accordés à 69 projets de prévention de la corruption menés par des ONG entre 2023 et 2025 ;
- un financement des budgets locaux en hausse, passé de 1,3 million USD en 2021 à 6,3 millions USD en 2025.
Les ONG participent aussi davantage aux programmes de l’État : elles étaient 30 en 2021 et 100 en 2026. Elles sont désormais directement chargées de mettre en œuvre 350 dispositions des programmes publics. Elles agissent ainsi de plus en plus comme des partenaires de l’État : elles évaluent les besoins réels de la population, fournissent des services sociaux ciblés, encouragent la participation citoyenne et informent le public des résultats obtenus.
Trois exemples ont été présentés :
- Digital Generation Uzbekistan forme les jeunes à l’intelligence artificielle, à la programmation, à la robotique, aux médias, au marketing numérique et au design ;
- le Centre de soutien à l’entrepreneuriat des jeunes d’Ouzbékistan a offert une formation professionnelle moderne et des possibilités d’emploi à jusqu’à 8 000 jeunes ;
- la Fondation caritative internationale « Sog’lom avlod uchun » (« Pour une génération en bonne santé ») organise des examens médicaux gratuits pour les habitants des zones reculées. En 2024–2025, elle a fourni une aide médicale, sociale et caritative d’une valeur de 85 000 USD grâce à des fonds du budget de l’État.
V. Conclusions
Selon les intervenants, les réformes de la dernière décennie ont transformé les institutions de la société civile. Autrefois des structures publiques isolées, elles sont devenues des partenaires importants de l’État, qui participent directement au développement de la société. Ce partenariat contribue à protéger la dignité humaine, à améliorer le bien-être de la population, à développer une gouvernance ouverte et responsable et à renforcer le sentiment des citoyens d’être acteurs des réformes.
La politique d’ouverture de l’Ouzbékistan et son intégration croissante dans la communauté internationale donnent à la société civile nationale de nouvelles occasions d’étudier les expériences étrangères, d’élargir ses contacts professionnels et de participer aux plateformes de dialogue international. Les intervenants ont toutefois souligné que cette ouverture comporte aussi des défis : protéger les intérêts nationaux, garantir la sécurité de l’information et préserver la stabilité sociale.
Ils ont défini cinq orientations pour l’avenir :
- Renforcer la confiance du public. Par des résultats concrets et une représentation constante des intérêts de la population, les ONG gagnent la confiance des citoyens. Pour aller plus loin, elles doivent être plus ouvertes et transparentes, informer régulièrement le public de leurs projets et promouvoir une culture de la redevabilité.
- Lutter contre la désinformation. La diffusion de fausses informations, de discours populistes et de contenus manipulateurs en ligne risque d’affaiblir l’esprit critique, d’envenimer les débats publics et de saper la confiance dans les institutions.
- Diversifier les financements. Avec le soutien de donateurs internationaux et nationaux, la société civile mène déjà de nombreux projets d’intérêt public. Les intervenants souhaitent que les entreprises s’impliquent davantage, notamment dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises, pour diversifier les sources de financement privées.
- Rendre la philanthropie plus transparente. Il faut développer des mécanismes transparents pour la collecte et l’utilisation des fonds caritatifs et de parrainage, et renforcer la redevabilité publique dans ce domaine.
- Améliorer le budget participatif. Les intervenants veulent associer davantage les citoyens aux décisions, encourager leur esprit d’initiative et renforcer leur sens des responsabilités à l’égard des affaires publiques.
Pour les organisateurs, ces orientations doivent consolider la culture démocratique, le respect mutuel, le sens des responsabilités et la citoyenneté active au sein de la société ouzbèke.
