En 2025, le Turkménistan célèbre les trente ans de sa neutralité permanente. Depuis son indépendance, le concept de neutralité a servi les intérêts du Turkménistan aux niveaux national, régional et mondial. De plus, lors de la 78e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, la résolution intitulée « 2025 – Année internationale de la paix et de la confiance » a été adoptée à l’initiative du Turkménistan [1].
Cette année, dédiée à la paix, sera marquée par plusieurs événements tels qu’un Forum pour le dialogue interparlementaire, des réunions régionales sur le renforcement de la paix, de la confiance et de la sécurité, des réunions régulières du Groupe des amis de la neutralité pour la paix, la sécurité et le développement durable, une conférence sur la neutralité au siège des Nations Unies, un festival « Musique de la paix », un concours international de la jeunesse intitulé « Paix et Confiance », ainsi que des cours ouverts dans les écoles sur la paix et la confiance.
Il est donc pertinent d’examiner, à travers cet article, le rôle de la neutralité du Turkménistan dans la construction de la paix régionale et de la stabilité dans les relations internationales.
2. La neutralité permanente du Turkménistan au service de la diplomatie
2.1. La politique diplomatique du Turkménistan
À travers sa politique diplomatique, le Turkménistan cherche à souligner que la neutralité ne signifie pas l’isolement, mais plutôt une contribution positive, active et solidaire aux affaires régionales et internationales. Selon Matyakobov (2019) [4] et Boryyev (2024) [3], avec l’accession du second président, G. Berdimuhamedov, le Turkménistan a façonné sa politique étrangère en accord avec les innovations introduites par sa neutralité, permettant ainsi au pays de s’ouvrir au monde. Il est devenu un point d’intérêt pour les investisseurs étrangers.
Le Turkménistan a signé des accords bilatéraux et coopéré avec de nombreux pays dans divers secteurs, notamment l’énergie. En particulier, les accords bilatéraux et multilatéraux dans le secteur des transports visent à améliorer la connectivité entre les pays de la région et à établir un réseau de transport. Dans ce contexte, les chemins de fer Kazakhstan-Turkménistan-Iran et Turkménistan-Afghanistan-Tadjikistan sont des initiatives importantes pour le projet de corridor de transport Nord-Sud [5].
Le président Serdar Berdimuhamedov est arrivé au pouvoir en 2022 avec le soutien de la majorité de la population. Depuis son entrée en fonction, il a poursuivi la politique de neutralité du Turkménistan, façonnant un nouvel ordre qui préserve la stabilité du pays dans les relations internationales. Le président a adopté et approuvé le « Concept de politique étrangère du Turkménistan neutre pour 2022-2028 » [6].
Cela a permis au Turkménistan d’être accepté par la communauté internationale. Il a établi des relations bilatérales avec les États-Unis, la Russie, l’Iran, l’Afghanistan, l’Ouzbékistan, la Turquie, l’Europe, la Chine, l’Inde, le Pakistan, et bien d’autres. Le maintien de la politique de neutralité a été renforcé par la stabilité intérieure du Turkménistan, son développement économique et infrastructurel, son respect du droit international et des traités, son engagement en faveur de la non-prolifération nucléaire, sa décision de ne pas produire ni stocker d’armes biologiques et chimiques, et l’interdiction de toute présence militaire étrangère sur son territoire.
Enfin, le statut de neutralité permanente a permis au Turkménistan de coopérer à la résolution des questions liées à la mer Caspienne. Le premier Forum économique de la Caspienne s’est tenu le 14 août 2019 à l’initiative et sous le patronage de Berdimuhamedov. Ce forum, organisé pour renforcer la coopération économique entre les États riverains de la Caspienne, s’est concentré sur le commerce, l’industrie et les transports, en particulier dans le secteur de l’énergie [7].
Par ailleurs, le Turkménistan a cherché à renforcer la diplomatie à travers divers thèmes, notamment les droits des femmes. Dans ce contexte, le Dialogue des femmes d’Asie centrale, créé en décembre 2020 à l’initiative du Leader national du peuple turkmène, Gurbanguly Berdimuhamedow, est la première structure de l’histoire de l’Asie centrale créée par des représentantes du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, du Turkménistan et de l’Ouzbékistan avec le soutien des Nations Unies, selon les entretiens accordés par la diplomate M. Rahymova (6 février 2025) [8].
2.2. La neutralité permanente au service de la paix mondiale
La neutralité permanente du Turkménistan est au service de la paix mondiale. Les Nations Unies ont souligné que le pays a joué un rôle de médiateur pendant la guerre civile au Tadjikistan. De même, le Turkménistan a activement soutenu les efforts de l’ONU pour établir la paix en Afghanistan, en accueillant plusieurs réunions entre les parties afghanes [9].
Le 16 mai 2023, à Achgabat, l’Assemblée du Turkménistan, en coopération avec l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, a organisé une conférence internationale intitulée « Rôle des États neutres dans le renforcement de la sécurité, de la stabilité et du dialogue dans l’espace de l’OSCE » [10].
Enfin, les chercheurs soulignent que le changement climatique pourrait engendrer des conflits [11]. Pour promouvoir la paix, le gouvernement turkmène propose d’intensifier une stratégie de coopération mondiale afin de soutenir les Objectifs de développement durable. Selon le site officiel du ministère turkmène des Affaires étrangères, durant l’Année internationale de la paix et de la confiance, le Turkménistan mettra l’accent sur la « diplomatie verte » [12].
Conclusion
La politique de neutralité permet au Turkménistan d’atteindre ses objectifs politiques à trois niveaux : national, régional et international. Le Turkménistan a commencé à se développer au niveau national, surmontant les défis intérieurs uniquement grâce à sa politique de neutralité, qui lui permet de se concentrer sur la restructuration interne et de remettre de l’ordre dans ses affaires. Des réformes politiques, économiques et culturelles ont été introduites pour assurer la stabilité intérieure.
La littérature montre que la politique de neutralité permanente du Turkménistan a eu un impact sur sa politique étrangère et lui a permis de coopérer avec les Nations Unies selon les principes suivants : agir pour l’environnement ; œuvrer pour la sécurité énergétique et un système énergétique durable ; collaborer avec les Nations Unies pour mettre en place un système et des corridors de transport ; développer ses relations avec les organisations régionales et internationales…
En définitive, les 30 ans de neutralité du Turkménistan constituent un modèle unique pour les petits et moyens États cherchant à naviguer dans la politique internationale sans compromettre leur souveraineté et leur stabilité. En continuant à adopter une diplomatie pacifique, une coopération stratégique et un engagement multilatéral, le Turkménistan renforcera son rôle de partenaire neutre, stable et fiable au sein de la communauté internationale.