C’est un nom qui circule à voix basse dans les dîners entre fortunes, une école qui ne se vante jamais mais dont le prestige agit comme un sésame : Le Rosey, ou plus officiellement Institut Le Rosey, est sans doute l’internat le plus exclusif — et le plus discret — du monde. Niché entre le Léman et les Alpes, ce pensionnat suisse, fondé en 1880, accueille depuis plus d’un siècle la progéniture des familles royales, des stars internationales et des grands noms de la haute finance. Un monde feutré où l’élégance helvétique sert d’écrin à une éducation taillée pour les héritiers du pouvoir.
À Rolle, petite ville paisible à l’urbanité millimétrée, le campus d’hiver du Rosey s’étend comme un domaine aristocratique. En hiver, il se déplace à Gstaad, comme une villégiature pédagogique, où l’on skie entre deux dissertations. L’école fonctionne ainsi en double saison : éducation classique le matin, excellence sportive l’après-midi. Ici, le luxe n’est pas tapageur mais intégré. L’architecture est sobre, les enseignants triés sur le volet, les langues multiples. Et les frais de scolarité, eux, flirtent avec les 140 000 francs suisses par an — sans compter les extras.
Mais ce n’est pas seulement une question d’argent. Le Rosey cultive un entre-soi cosmopolite assumé. Les enfants de familles royales (Maroc, Monaco, Iran), les descendants d’oligarques, d’industriels ou de stars hollywoodiennes y côtoient ceux des nouvelles fortunes numériques. Tout y est pensé pour façonner des adultes à l’aise dans toutes les cultures, mais aussi dans toutes les formes de pouvoir.
Le programme est exigeant, bilingue (français et anglais), et teinté d’humanisme élitiste : littérature, arts, philosophie, leadership. Le Rosey n’a pas pour ambition de produire des premiers de classe, mais des premiers dans le monde. Ce n’est pas un lieu de réussite scolaire, c’est un creuset d’influence.
Les critiques ne manquent pas. On accuse l’école de perpétuer une aristocratie mondiale, d’éduquer hors du réel, de ne jamais exposer ses élèves à la mixité sociale. Mais ses défenseurs répondent que cette excellence-là, assumée, est précisément ce qui manque au reste du système éducatif : un goût du dépassement, de la culture classique, et de la formation complète de l’individu.
Le Rosey, au fond, est bien plus qu’une école : c’est un symbole. Celui d’un monde où le luxe discret rime avec formation d’élite. Où l’on apprend à devenir, non pas riche — ils le sont déjà — mais à en porter la responsabilité. Ou, du moins, l’apparence.
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